#8 Les arts et la culture à l’heure de la crise

Observatoire de la crise

Mathide Serrell voit dans la présence en silhouette du ministre de la Culture lors de l’intervention d’Emmanuel Macron un signe de plus de « décennies d’affaiblissement de cette fonction ». Or, c’est bien « sur la base d’un couple fort entre l’exécutif et le ministère que se sont inventées les grandes politiques culturelles ».

Dans Mediapart, Mickaël Correia analyse la concurrence des salles de cinéma et des scènes par les plateformes de vidéos à la demande ou le livre stream. Néanmoins, le coup porté par les syndicats face à Amazon ne montre-t-il pas qu’il est possible d’établir un rapport de force avec les mastodontes privés ?

Il est trop tôt pour présager du comportement des Français vis-à-vis de la culture dans ce contexte de déconfinement : « C’est la sédentarisation forcée de nos concitoyens qui m’inquiète le plus » explique Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français. Comme l’écrit Michel Guerrin dans Le Monde « La culture a besoin de vieux » : or, les seniors, public central des lieux culturels, sont incités à rester chez eux.

Jean-Pierre Saez évoque la responsabilité de chacun : « Nous avons tous, décideur public et simple citoyen, notre part à prendre pour nous orienter vers un monde qui prenne en compte les notions de durabilité et de soutenabilité ». La question de la saturation revient inlassablement, tous secteurs confondus. Emmanuel Tibloux plaide pour « une relance écologique du secteur culturel » et rappelle que « la notion de culture a été inventée dans une relation étroite à la nature, et sur une base lexicale qui implique les notions d’habitabilité, d’entretien et de soin ».

Les professionnels de la nuit réfléchissent à une nouvelle forme de fête. Mais dans la France post-confinement, la nuit ne part pas avantagée avec, dans le rétroviseur, les couvre-feux instaurés dans certaines villes pendant le confinement.

Françoise Benhamou, citée dans Médiapart, ne s’illusionne pas : la crise est profonde, le secteur culturel ne sera pas prioritaire, il aura besoin de réinventer. « Nous allons assister à une période de démondialisation associée à un mouvement de relocalisation ».

Un collectif de tiers-lieux considèrent avec une pointe d’ironie l’invention du monde d’après. « Les tiers-lieux sont déjà le monde d’après » observent-ils, avec des modes de vie respectueux de l’environnement, solidaires, durables, à l’échelle de leur quartier ou de leur ville. Dans Libération, Max Rousseau voit dans l’urbanisme punk une piste pour « ré-ensauvager la ville », reconnexion imprévue entre humains et non-humains. Pour Mathilde Serrell, le monde d’après devra faire avec de nouveaux collectifsvenus « combler des interstices laissés vacants ».

Christophe Honoré se « méfie beaucoup, aussi, du côté prophète (…) que l’on pourrait nous accorder, en tant qu’artistes. Je ne crois pas que nous soyons capables de voir ce qui nous arrive mieux que d’autres ».

« 87 % d’infirmières, 91 % d’aides-soignantes, 97 % d’aides à domicile et d’aides ménagères, 76 % de caissières et de vendeuses, 73 % d’agentes d’entretien », pourquoi ces titres sur « nos héros » au masculin ? s’agace la professeure Eliane Viennot dans The Conversation. Le podcast Les couilles sur la table questionne la manière dont la crise met en lumière les inégalités flagrantes qui persistent entre les genres. Le mouvement H/F propose, de son côté, des mesures concrètes pour garantir l’égalité entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture, en cette période de crise. Au passage, soulignons qu’il faudrait dire la covid-19 dixit l’Académie française

Mesures et dispositifs

De nombreuses mesures sont déployées progressivement à tous les niveaux pour soutenir le monde de la culture : Etat, organismes nationaux, collectivités, sociétés d’auteurs… Pour s’y retrouver, Artcena propose une veille actualisée, notamment pour le spectacle vivant et les auteurs. Auvergne-Rhône-Alpes Spectacle Vivant met à disposition un outil avec une entrée selon le statut de l’acteur culturel : auteur, intermittent (artiste, interprète, technicien), compagnie, lieu, festival, indépendant, profession libérale, micro-entreprise.

Si le prolongement des droits des intermittents jusqu’en août 2021 était très attendu, de nombreux points restent encore flous suite à l’annonce du Plan Macron pour la culture. Les « travailleurs invisibles » du monde culturel (producteurs, attachés de presse, régisseurs et autres travailleurs indépendants) se sont regroupés en collectif « les Artisans du spectacle » et appellent le gouvernement à prendre en compte leur situation. Dans Profession audiovisuel, un jeune photographe explique qu’il « subit une double peine : outre l’arrêt total de ses activités, [il] ne peut justifier de revenus suffisants pour bénéficier des aides ». Pour Pascal Neveux, président du CIPAC, « les artistes plasticiens sont les grands oubliés » des mesures. Le Syndicat des Travailleurs Artistes-Auteurs (STAA) a été créé « pour répondre aux problématiques rencontrées par les travailleurs et travailleuses relevant du statut d’artiste-auteur dans tous les secteurs culturels ». Aurélie Filippetti interrogée dans ActuaLitté suggère de « lancer un revenu de base pour les créateurs (qui servirait aussi pour les étudiants) ». Dans l’émission Soft Power, Jean-Noël Tronc, directeur de la SACEM plaide pour « un plan Marshall pour les industries culturelles ». A la députée Elsa Faucillon qui pointe les manques du Plan Macron, Franck Riester répond que « c’est par l’activité que nous pourrons assurer des rémunérations à celles et ceux qui travaillent dans le secteur de la culture ».

Le ministère de la Culture a lancé la publication de guides pratiques pour la réouverture de lieux culturels. L’accès aux musées est « un problème de taille à l’heure du coronavirus ». Hélène Girard dans La Gazette des Communes précise les critères mis en avant pour l’ouverture des « petits » musées : capacités à mettre en place des mesures de protection efficaces, fréquentation majoritairement locale. Certains lieux ouvrent leurs portes, c’est le cas par exemple des musées départementaux de l’Isère. France Musique s’intéresse aux conservatoires de musique et note « pas de reprise dans l’immédiat » même si quelques lieux ont opté pour une réouverture progressive. Brigitte Salino dans Le Monde décrit le casse-tête auquel les directeurs de théâtre sont confrontés pour leur programmation et les divers scénarios qu’ils envisagent. Dans Le Parisien, Eric Bureau a sondé Le Prodiss et plusieurs équipements qui ne croient plus à l’ouverture des salles pour septembre. Tewfik Hakem sur France culture pose la question : « Y aura-t-il un ciné ouvert à Noël ? ». Chloe Goudenhooft dans Profession spectacle note que les artistes de cirque s’interrogent « sur la possibilité de reprendre une activité qui repose essentiellement sur le contact et les échanges physiques ».

Des systèmes solidaires se mettent en place comme Mousquetaire du Patrimoine et de la Culture, une initiative de prévente solidaire. La Sacem appelle à la solidarité avec #SceneFrancaise et invite les médias à diffuser plus de musique française. Le groupe Économie Solidaire de l’Art propose un projet visant à améliorer la situation économique des artistes plasticiens. Dans une vidéo « COVID : gratuité contre droit d’auteur », le directeur général de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, Francis Gurry, fait le constat que la culture n’a jamais été autant accessible que depuis la pandémie. Il espère que « ces exceptions seront de courte durée, sinon elles aggraveront encore la crise du secteur culturel ».

       

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