Annie Ernaux, prix Nobel de littérature

Yoland Simon, ancien président de la Maison de la culture du Havre, écrivain, salue cet évènement :

« C’est avec une immense joie que j’ai appris le Nobel d’Annie Ernaux. Depuis l’an 2000, où elle m’avait introduit auprès du Mercure de France pour la publication de mon livre Un Désordre ordinaire, j’ai entretenu avec elle une correspondance suivie où je lui faisais part de mon admiration pour tel ou tel de ses livres et où il lui arrivait de me dire du bien de mes modestes écrits. Comme je le lui écris aujourd’hui, son prix est plus qu’un grand honneur, un immense bonheur, car elle a transformé en de précieuses pépites les vies les plus humbles et cherché à recomposer la sienne comme étant le palimpseste de ces écrits qui en quelque sorte constituent une forme de victoire contre la mort. Son regard est ainsi sans complaisance, mais sans effet surplombant comme aurait dit Michel Vinaver. Car chaque vie s’inscrit dans une quête individuelle et une trame collective. Et s’il n’y avait d’Histoire que passant à travers les êtres ? écrit-elle fort justement dans l’Atelier noir. Et son histoire dans l’Histoire est la nôtre, et ses Années au cœur de nos années sont les nôtres. Quelle joie, encore une fois que cette récompense !

UNE BELLE SURPRISE

Non ce ne fut pas Michel Houellebecq, mais Annie Ernaux. Comme la victoire de l’empathie d’une femme attentive et généreuse pour les simples gens. Comme le retour d’une grande tradition culturelle française, celle définie déjà par Albert Camus dans son discours de Stockholm : « Je ne puis pas vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire, au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre tel que je suis au niveau de tous. »

Ainsi, depuis jeudi, en dépit du cynisme affiché sur tant d’estrades avec la morgue que l’on sait, se proclament à nouveau des valeurs qu’on disait désuètes, s’affirment des idéaux qu’on prétendait dépassés, renaissent des combats pour des causes qui furent impitoyablement décriées.

Non, ce ne fut pas Michel Houellebecq, et il ne fut pas nécessaire, pour être célébré, de jeter aux orties une certaine innocence ni de porter sur le monde le regard trouble de ceux qui n’attendent rien de leurs contemporains et qui se complaisent dans les sombres constats de leur dandysme désabusé.

Oui ce fut Annie Ernaux, une femme qui construisit son œuvre, sans se ménager, au péril d’une franchise obstinée, en explorant les profondeurs les plus intimes de son existence sans ignorer le bruit du monde qui résonne aussi en elle, comme en nous. Car c’est ainsi que les hommes vivent. Et nous recevons comme un don précieux cette leçon d’humilité et d’humanité. Elle valait bien un Nobel, sans doute. »

       

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