Ukraine, la culture en guerre, documentaire de Thomas Raguet (Fr., 2025, 58 min). Public Sénat.
Il s’appelle Viktor Dvornikov. Il est architecte. Dès le début de l’invasion russe en Ukraine, le 24 février 2022, il s’est automissionné, bénévolement, pour cartographier l’ampleur des attaques faites contre les bâtiments culturels de son pays. « On est sûrs à 100 % que cette guerre a pour enjeu la culture, explique-t-il au milieu des décombres de la Maison de la culture d’Izioum. Elle doit cesser d’exister et devenir partie intégrante de la Russie. Ici, il n’y a plus de lieu où se rassembler. Les gens perdent peu à peu le sentiment de leur existence. »…
Thomas Raguet, qui avait déjà réalisé Au nom du patrimoine(2020) sur les destructions commises par les talibans en Afganistan et par l’Etat islamique en Syrieet en Irak, continue sa réflexion sur la vraie nature de toute idéologie impérialiste, qu’elle soit religieuse ou politique…
« Nous sommes convaincus que les infrastructures culturelles ne sont pas moins importantes pour l’ennemi russe que les centrales électriques et les sites militaires », affirme Rostyslav Karandieiev, l’ancien ministre de la culture ukrainien (jusqu’en septembre 2024)…
Certaines œuvres sont perdues à jamais, comme ces 25 tableaux majeurs de Maria Primachenko (1909-1997), peintre d’art naïf estimée de Picasso, détruits dans l’attaque ciblée du Musée d’Ivankiv. D’autres ont été gravement abîmées. L’enjeu de la préservation est donc crucial. A Kiev, le Centre national de recherche et de restauration d’Ukraine (National Research and Restoration Centre, NRRC) centralise les travaux de sauvetage : les sculptures côtoient les icônes, un évangéliaire, des retables, bas-reliefs, tableaux et colonnes, et même un mur peint par Banksy ! « Les restaurateurs ont déjà travaillé sur plus de 2 000 œuvres d’art, s’enorgueillit Svitlana Stryelnikova, la directrice du NRRC. Parce que c’est là notre richesse. »…
A la mi-août, le très populaire marché aux livres de Petrivka, à Kiev, a été visé par des drones russes. Des milliers de livres sont partis en fumée, s’ajoutant aux 10 millions d’autres détruits rien qu’à l’été 2026. Depuis deux ans, maisons d’édition, librairies, entrepôts de stockage, imprimeries sont devenus les nouvelles cibles de l’armée de Vladimir Poutine.
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