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Kader Attia, plasticien, entretien Philippe Dagen.

« Quand le désir de montrer son travail au public se manifeste progressivement, s’ouvre alors une période de doute. Or, avec l’âge, il me semble que ce doute est, en fait, ce qui définit l’artiste. Une question permanente, jamais résolue….

C’est ce que j’essaie d’enseigner aujourd’hui à mes étudiants à la HFBK, l’Ecole des beaux-arts de Hambourg : que les choses sérieuses commencent, en réalité, après l’école. Et que c’est à ce moment où le doute survient, parce que l’on est confronté à la question difficile de renaître artistiquement, de se créer son propre monde, son langage tourné vers les autres, le public, que l’on devient vraiment un artiste. Et c’est ce mouvement, à la fois interne et externe, qui peut aider à faire se lever les doutes. Inventer un langage à partir de rien, c’est le principe même de l’art. La profusion des langages crée justement un tout, un système d’échanges et de jouissances esthétiques et conceptuelles que l’on appelle l’art.

La profusion des langages, cela signifie-t-il ne pas s’en tenir à un mode d’expression ou à une technique ?

En effet. Etre artiste, ce n’est pas être uniquement photographe, sculpteur ou vidéaste ; c’est s’interroger sur les possibilités de tout cela, les convergences et les croisements…

Un langage artistique, qu’il soit musical, plastique ou littéraire, exige une mise à jour constante. Le monde change et évolue en permanence. Un travail artistique doit accompagner le monde, et même le dépasser, le précéder. Créer, c’est trébucher, avancer à l’aveugle, se perdre, recommencer. Tout artiste commet des erreurs ; il ou elle est dans une nuit, ou un tunnel. Et donc, il ou elle s’interroge. Il ou elle est cette figure à la croisée de tous les chemins, et même à la croisée de toutes les pulsions. Il ou elle les incarne toutes, avec leur chaos.

Et puis il y a cet autre point très important : l’art se nourrit des autres arts, et ce depuis toujours….

Ce qui définit pour moi le caractère jouissif de la curiosité – je ne l’appellerais pas boulimie, mais don de vie –, c’est apprendre, pouvoir en permanence apprendre, jusqu’à la fin. Sortir de sa zone de confort. Autrement dit, se nourrir, intellectuellement, spirituellement, artistiquement aussi, bien sûr. Aller vers d’autres objets matériels et immatériels, vers d’autres cultures, d’autres mondes…

https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2026/08/27/kader-attia-plasticien-il-faut-tout-faire-pour-entrer-en-immersion-dans-la-culture-de-l-autre_6758501_3451060.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

 

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