Où l’on repense à notre Saison haïtienne en 2011

Après le tremblement de terre à Haïti, en 2010, notre association MCH a organisé, sur une proposition de ClaireLise Chobelet, une Saison haïtienne afin de mieux connaitre l’Histoire, les arts, la culture d’Haïti. https://asso-maisondelaculture.fr/temps-forts-mch/saison-haitienne/

Le visuel est un tableau de ClaireLise Chobelet, plasticienne.

A l’occasion du bicentenaire de la dette d’Haïti, le 17 avril., la Fondation pour la mémoire de l’esclavage demande que la France s’engage sur le sujet sensible des réparations de son passé colonial.

Un collectif d’intellectuels et d’écrivains haïtiens rappelle, dans une tribune au « Monde », que l’obligation faite à la jeune République d’Haïti, il y a tout juste deux siècles, de « dédommager les anciens colons », mérite réparation.

« Le 8 juillet 1825, sous une pression qui se voulait diplomatique mais qui s’avéra militaire et coercitive, le gouvernement du président d’Haïti, Jean-Pierre Boyer céda aux exigences du roi de France Charles X. Celui-ci imposa une ordonnance datée du 17 avril 1825, stipulant qu’Haïti devait verser la somme colossale de 150 millions de francs or à l’Etat français, « destinée à dédommager les anciens colons » qui avaient pourtant maintenu pendant plus de deux siècles un système colonialiste, esclavagiste et raciste ayant contribué à la richesse de la France.

Haïti se relevait d’une guerre de libération (1791-1801) épuisante et héroïque contre ce système, en réalisant en 1804 ce que l’historien Michel-Rolph Trouillot (1949-2012) qualifiait d’« impensable » pour l’époque. »

C’est Nathalie Guibert dans le journal Le Monde qui rappelle « l’ordonnance royale de 1825 qui a concédé l’indépendance d’Haïti contre le paiement d’une dette faramineuse de 150 millions de francs or dont le pays ne s’est jamais remis. » (….)

On assiste, hélas, au « non-aboutissement en outre-mer du processus d’égalité promis par la départementalisation de 1946, rappellent les chercheurs. « Les sociétés de plantation se sont modernisées en gardant leurs structures coloniales, note Maël Lavenaire, de la London School of Economics. Face à la vie chère qui cristallise cette continuité et les frustrations, on pourrait créer un fonds d’investissement, distinct des politiques de développement, assez puissant pour lancer des activités nouvelles capables de challenger les positions en place. »(…)

Magali Bessone, professeure de philosophie politique à la Sorbonne-Paris-I, souhaite réfléchir à « un projet politique commun ». Et elle ajoute : « Les effets systémiques des traites et de l’esclavage se manifestent sans cesse. La réparation oblige à repenser l’Etat, la France, le “nous”. »

En 2022, le New York Times avait publié une enquête retentissante sur la dette haïtienne. Selon les calculs du grand quotidien américain, Haïti a versé à la France l’équivalent de 560 millions de dollars de 2022 (soit 490 millions d’euros), les pertes pour son économie étant évaluées par différents économistes entre 21 milliards et 115 milliards de dollars. Depuis cette mise en cause, l’exécutif français était resté silencieux.

« Haïti fut la plus profitable des Antilles esclavagistes au XVIIIe siècle, produisant pour l’enrichissement des planteurs et des négociants français le sucre et le café, dont l’Europe s’enivrait alors pour la première fois à une telle échelle. Une petite minorité de colons s’appropriait la quasi-totalité des revenus, ne laissant aux esclaves que le minimum vital – voire moins, si l’on considère le taux affolant de mortalité qui les frappait.(…)

Profitant de la révolution de 1789, les esclaves se révoltent, chassent les colons et proclament l’indépendance en 1804. Malgré les efforts de reconquête de Napoléon, cette indépendance est maintenue, même si le pays se divise, en partie à l’instigation des Européens qui ont du mal à accepter cet exemple funeste pour leurs autres colonies. En 1825, sous la pression des canonnières françaises, le gouvernement haïtien doit accepter d’indemniser les propriétaires d’esclaves à hauteur de 150 millions de francs (réduits à 90 millions en 1838), un montant exorbitant qui correspond à environ 300 % de la richesse du pays (plus que les « réparations » exigées de l’Allemagne en 1919).

Même après réduction, le paiement du service de la dette va exiger le maintien de cultures d’exportation (café et bois principalement, les raffineries de sucre ayant été détruites ou transférées à Cuba par les planteurs pendant la révolte), au détriment d’une agriculture vivrière. Il va aussi absorber longtemps l’essentiel des recettes publiques, conduisant au rejet d’un Etat taxant lourdement ses citoyens sans pouvoir leur fournir de services publics. »

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