Les inégalités d’accès demeurent, d’ordre social, économique, géographique, symbolique

(…) Les candidats à la présidentielle rivalisent – c’est le mot – de propositions en vue de favoriser la diversité sur scène et au sein du public – diversité sociale, ethnique, diversité des corps, des récits, des langues mais aussi des pratiques, amateures, professionnelles, etc.(…)

En France, la création et l’acte de programmation sont libres – des principes rappelés dans la loi relative à la liberté de création de 2016. Mais encore faut-il que chacun ait la chance de découvrir les œuvres en tant que spectateur, ou de les créer en tant qu’artiste. Or les inégalités d’accès demeurent, d’ordre social, économique, géographique, symbolique – même si les secteurs de la danse contemporaine et des musiques actuelles sont moins verrouillés. Comment « rassembler des gens qui ne se ressemblent pas », pour reprendrela formule du metteur en scène congolais Dieudonné Niangouna ? (…)

Lire l’entretien avec Hortense Archambault :   « Rassembler des gens qui ne se ressemblent pas » (…)

Les ouvriers et employés ne représentent que 10 % des visiteurs au Centre Pompidou

Les statistiques sont tenaces. Et le tout récent rapport intitulé « Musées du XXIe siècle », dirigé par Jacqueline Eidelman et rendu public le 2 mars, le confirme : les ouvriers et employés ne représentent que 10 % des visiteurs au Centre Pompidou, à Paris, quarante ans après son ouverture, alors même que la Bibliothèque publique d’information (BPI), au deuxième étage du bâtiment, accueille pour moitié des jeunes issus des banlieues. Quant au ­Louvre-Lens, ouvert en décembre 2012, implanté dans l’une des villes les plus pauvres de France, il n’est pas parvenu – pour l’instant – à attirer les milieux populaires.

Autre question sensible, la couleur de peau : rares sont les personnes noires, arabes, asiatiques, etc., dans les rangs du public et sur scène. Le quinquennat a certes permis de lever des tabous, grâce à des nominations et au militantisme d’artistes et de programmateurs/trices de lieux. De 2012 à 2017, les crédits du ministère pour l’éducation culturelle ont doublé (de 30 millions à environ 64 millions d’euros), même si cela reste insuffisant. En décembre 2015, Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication (2014-2016), mettait en place le Collège de la diversité, en vue d’évaluer « les bonnes pratiques ».

Car les expérimentations fleurissent, du dispositif Démos qui fait découvrir la musique classique aux enfants, à l’ouverture de la ­CinéFabrique à Lyon, en 2015, une école publique qui vise à élargir les profils des futurs cinéastes, chefs-opérateurs, etc. Au théâtre ? Entre autres initiatives, les metteurs en scène Stanislas Nordey et Stéphane Braunschweig ont ouvert depuis 2014 les ateliers 1er Acte au Théâtre de la Colline, à Paris – et aujourd’hui au Théâtre national de Strasbourg –, à destination d’apprentis acteurs « ayant fait l’expérience de la discrimination ».

Du côté des écoles d’art, une charte contre les discriminations a été rédigée en 2015 par Emmanuel Tibloux, président de l’ANdEA (Association nationale des écoles supérieures d’art). Lauréat du prix Marcel-Duchamp, en octobre 2016, le jeune plasticien franco-algérien Kader Attia a ouvert un lieu à Paris, près de la gare du Nord, La Colonie, où l’on débat d’art contemporain et de questions post-coloniales…(…)

Membre du Collège de la diversité, directeur du Centre dramatique national (CDN) de Rouen, David Bobée est aussi l’un des initiateurs de « L’Appel à décoloniser les arts ». Du chemin a été parcouru, dit-il : « En France, on n’élabore pas de statistiques ethniques. Mais, dans le monde de la culture, on peut désormais communiquer sur le fait qu’il y a 30 % de non-Blancs dans la société française, en s’appuyant sur l’enquête Trajectoires et origines réalisée en 2008 au sein de l’Institut national d’études démographiques », dit-il. Sans aller jusqu’aux quotas, il avance l’idée que le milieu de la culture doit refléter davantage le pays réel.(…)

Mais l’idée du « laissez-passer » séduit. Car il y a l’obstacle du tarif. Ces dernières années, le prix des places a souvent augmenté dans les théâtres publics. A l’Odéon, à la Comédie-Française et au Rond-Point, à Paris, il tourne autour de 40 euros à tarif plein et devient un frein à la fréquentation. Conscientes du problème, les trois directions réfléchissent à de nouvelles grilles.

Pour ne citer qu’un exemple, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Stéphane Braunschweig propose des avant-premières à moitié prix pour les créations de la saison. A la MC93 de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, Hortense Archambault a supprimé l’abonnement et propose un passe illimité, comme au cinéma : les gens paient 7 euros par mois, s’engagent sur dix mois, et peuvent voir autant de spectacles qu’ils veulent. La programmation, justement, doit rendre compte de la complexité du monde, estime Hortense Archambault : « Il y a des chaînons manquants, des gens dont on ne parle pas et qu’on n’entend pas sur scène. Je pense aux classes populaires, à la colonisation, à la ruralité, par exemple. »

Mais il existe une autre barrière, physique celle-là : les théâtres publics se sont un peu refermés, s’inquiète l’ancienne codirectrice du Festival d’Avignon. « A cause de la baisse des subventions, ils ne sont plus ouverts dans la journée, les programmations sont plus courtes, tout est concentré sur le moment de la représentation. Pourtant, avant et après, il y a plein de choses », dit-elle. Il faut encore trouver le « passe-partout » pour déverrouiller Bercy.

 
 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/culture/article/2017/03/20/lever-de-rideau-sur-la-diversite_5097325_3246.html#Sh8z06CfJuzsYwEU.99

 
photo: Zone franche jmb
       

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