CINDY SHERMAN, photographe
Cindy Sherman est née le 19 janvier 1954 à Glen Ridge, dans le New jersey. Elle fait partie des artistes photographes les plus importants de ce qu’on appelle la Pictures Generation qui sont arrivés à l’âge adulte dans les années 1970 et ont réagi au paysage médiatique qui les entourait, avec humour et critique, cela en s’appropriant les images de la publicité, du cinéma, de la télévision, des magazines, des reproductions d’œuvres d’art. Depuis presque 50 ans, Cindy Sherman questionne l’identité féminine, jouant avec les codes visuels et culturels de l’art, de la célébrité, du genre et de la photographie.
1977, peu après s’être installée à New York, elle produit la série Untitled Film Stills. Soixante-dix photographies, en noir et blanc sur lesquelles elle pose elle-même dans divers décors. Elle est alors à la fois le sujet et l’objet de son travail. Elle est à la fois la photographe et son modèle. Chacune de ses représentations est un pastiche de l’image de la femme telle qu’on la voyait dans les films des années 1950 et 1960 : l’ingénue, la working girl, la vamp et la femme au foyer. Elles sont mises en scène pour ressembler à des figures de films hollywoodiens, de films noirs, de série B et d’art et essai européens. Ses photographies imitent les « images fixes » produites alors pour la promotion cinématographique. La facilité avec laquelle on y reconnaît chacun de ces types féminins démontre à quel point l’image de la femme est stéréotypée dans les imaginaires. En montrant que l’iconographie des représentations de la femme sont faciles à imiter, elle apporte la preuve qu’elles ne sont pas naturelles mais répondent à des codes culturels.
Plus tard dans son œuvre, Cidy Sherman joue les représentations de la féminité parfois jusqu’au grotesque, fardée à l’excès, forçant le trait grâce à des trucages visibles. Elle expose des créatures artificielles sans chercher à camoufler leur artificialité. Elle-même disparaît pour s’effacer derrière les figurations de cette femme construite par la société, montrant de façon évidente les signes arbitraires de toute construction de la féminité, quitte à en faire des représentations caricaturales et ingrates.
Elle dit : « Une certaine laideur délirante m’a toujours fascinée. Les choses qui sont perçues comme peu séduisantes et peu désirables me semblaient particulièrement intéressantes. Cela dit, je les trouve réellement belles ». (Women artists – Femmes artistes du XXème et du XXIème siècle)
Film Stills a été le point de départ d’une réflexion sur le féminisme, et reste parmi les œuvres les plus connues de Cindy Sherman. Elle a continué à travailler dans cette veine, en général par séries.
Pour réaliser ses photographies, elle assume plusieurs rôles : photographe, modèle, maquilleuse, coiffeuse, styliste et costumière. Avec un arsenal de perruques, de costumes, de maquillages, de prothèses et d’accessoires, Cindy Sherman modifie habilement son physique et son environnement pour créer une collection de tableaux et de personnages intrigants, de la sirène au clown, en passant par la mondaine vieillissante. Elle dit encore :
« J’aimerais pouvoir considérer chaque jour comme pour Halloween, et m’habiller, sortir dans le monde comme un personnage excentrique ».
En 2008, elle présentait de grands formats qui traitaient de l’obsession propre à un certain statut social, d’avoir une apparence éternellement jeune. Dans un entretien pour le New York Times, elle disait que dans cette représentation des femmes de la société mondaine, appartenant à un certain type de femmes riches, elle éprouvait de la sympathie pour elles, et non du mépris. « Derrière leurs maisons et jardins somptueux – disait-elle – elles font bonne figure pour cacher un mariage épouvantable ou des enfants qui ne les aiment pas, ou Dieu sait ce qu’elles ont dû sacrifier pour avoir ce manteau de fourrure. Je vois ce que cela leur a coûté, et j’espère que cela transparaît dans l’image. »
Dans un entretien de 2023, pour The art newspaper, on lui demande si le féminisme a été une force motrice dans son travail. Elle répond : Je suppose que dans le passé, il y a eu des moments où il a été une sorte de force motrice, mais pas tellement au sens où je me disais consciemment « Oh, je fais un travail féministe ». Il s’agissait plutôt de questions qui me touchaient en tant que jeune femme – la représentation des femmes dans les films et les séries télévisées : vous êtes une mère, vous cuisinez, vous vous occupez de la famille. Je commençais à m’interroger sur certains rôles : « Est-ce que je veux vraiment être comme ça ? Alors oui, cela a influencé mon travail.
Dans le même entretien, on lui demande ce qu’elle pense de l’IA ? Et si elle l’utiliserait comme un outil de travail. Sa réponse est qu’elle ne sait pas si elle l’utiliserait comme outil mais qu’il lui donne des idées. Aujourd’hui, elle poste sur instagram des images générées par l’IA. Elle utilise un éditeur de photos qui consiste à choisir un groupe d’images parmi les siennes, généralement des selfies, et à les introduire dans ce programme qui en fait des avatars.
Elle dit que les gens réagissent à ses posts Instagram en disant que son travail précédent était bien meilleur, mais elle ajoute : « je ne considère pas les posts Instagram comme des œuvres d’art. C’est juste amusant, je m’amuse. »
Cindy Sherman vient d’avoir 71 ans et il existe plus de 600 modèles de ses photographies propres à nous inciter à prendre conscience de la façon dont notre regard interprète les images, à décrypter les codes culturels qu’elles propagent.
Catherine Désormière
Le 20 mars 2025, au Havre, Bibliothèque Oscar Niemeyer, GRANDE CONVERSATION de l’association Maison de la Culture du Havre : Femmes (in) visibles, le regard des femmes photographes 
Cindy Sherman, à disposition sur Ouest track radio, podcast 10 minutes chronique











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