YOLAND SIMON / CORONAVIRUS

La mort, ce gros mot avait presque disparu, depuis la disparition, en Occident, des civilisations thanatiques qui avaient jeté cette pierre philosophale dans le jardin de nos coupables insouciances.

Ô bien sûr, on nous donne assez régulièrement des nouvelles sur la faucheuse et ses dernières victimes. «On a pour réveil ordinaire/la radio qui nous a dit/les derniers morts de la nuit», ai-je écrit quelque part. Mais il s’agit des morts, non de la Mort, ce concept qui paradoxalement régissait nos existences, fondait nos principes religieux et ordonnait les rituels les plus sacrés. Un sentiment tragique de l’existence, selon le mot d’Unamuno, qui se lovait aussi dans nos plus secrètes pensées.

Mais c’était avant, comme dit la publicité. Car depuis longtemps, ce rappel indécent de notre inévitable fin nous était épargné. L’on oubliait cette terrible échéance en cédant aux multiples propositions de divertissements pascaliens, et l’on ne se berçait plus de l’espoir d’un ailleurs, de paradis chrétiens, d’antiques Champs-Elysées où, comme la lionne de la fable, l’on ressusciterait, couchés entre les fleurs.

On le sait, le règne de l’automobile, des week-ends à la mer et à la campagne, ou de tous ces avions qui nous transportent vers des séjours tropicaux pour le prix d’un ticket de métro, a fait un tort considérable aux offices dominicaux. Alors, on pourrait penser que la maudite pandémie, qui sévit aujourd’hui, va ramener toutes ces brebis égarées, sinon dans des lieux de culte, fermés eux aussi, mais au moins vers de plus hautes aspirations, de plus nobles méditations, une sublime spiritualité. Et pourtant… On sent bien que les Princes qui nous gouvernent se soucient de cela comme de colin-tampon.

Ce qui inquiète nos gouvernants ce sont les menaces contre nos modes de vie, les risques que fait courir à notre croissance les mesures d’un confinement… drastique évidemment. Et Dieu dans tout cela ? aurait demandé Jacques Chancel. Et bien, comme d’habitude, on cesse de le célébrer et on le renvoie paître dans le silence de ces espaces infinis où il aurait posé sa nietzschéenne absence. Et la mort demeure un accident dont s’emparent les statistiques, en attendant que s’infléchissent des courbes plus favorables et que reviennent les divertissements de notre société de consommation. Pascaliens, si l’on veut, ardemment désirés, en tout cas.

       

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