Le Musée de la bande dessinée à Angoulême réunit 90 affiches à message politique ou social
Le parcours est divisé en deux parties à la fois chronologiques et idéologiques. La première débute à la fin du XIXe siècle et s’arrête au soir de la seconde guerre mondiale : la bande dessinée à fin d’affichage est alors l’apanage des partis et mouvements de droite. La seconde partie – de 1968 à nos jours – montre, à l’inverse, comment la gauche s’est emparée du concept. Les propos et les contextes historiques ont beau s’opposer, les mécanismes sont les mêmes : « De droite ou de gauche, ces affiches nous rappellent combien la bande dessinée est un langage universel et populaire, dont chacun peut s’emparer parce qu’il va attirer l’œil », souligne le co-commissaire de l’exposition, Thierry Groensteen.
L’« inventeur » de ce genre publicitaire en tant que tel s’appelle Gaston Lucq, dit Glucq. (…) Il proposait des histoires en estampes – avec des textes sous les vignettes – qu’il faisait ensuite imprimer à la célèbre imagerie Pellerin d’Epinal. (…) Entre les dreyfusards, les juifs, les francs-maçons, les communistes, les radicaux et autres « panamistes », les cibles, à l’époque, ne manquaient pas.

image: http://s1.lemde.fr/image2x/2016/11/18/534×0/5033671_6_b7cb_anonyme-imagerie-pellerin-epinal-glucq 1902_1fb6ff23cd799a17dd15fbab6a1fde46.jpg
Moribonde après la guerre, l’association de l’affiche et de la bande dessinée devra attendre Mai 68 pour connaître un nouvel essor. Les murs de Paris s’ornent alors de slogans peints au pochoir, une esthétique nouvelle accompagne la révolution. Tout juste sortie de sa marginalité, la BD est alors « récupérée » par les affichistes amateurs des mouvements de gauche et d’extrême gauche. Peu importe que ceux-ci sachent peu ou mal dessiner : on détourne et on plagie sans vergogne des héros et des séries célèbres – les Schtroumpfs, Astérix, Snoopy, Popeye, Pim Pam Poum… – afin de promouvoir des messages antimilitaristes, trotskistes, féministes, écologistes…

image: http://s1.lemde.fr/image2x/2016/11/18/534×0/5033675_6_dfa1_2016-11-12-169c02d-16419-1w9gszx-cfnor5p14i_3e29605591eb0438174382289063a8e6.jpg
Anonyme, d’après « Krazy Kat » de George Herriman, AC ! Agir ensemble contre le chômage, années 2005-2010. AC ! AGIR ENSEMBLE CONTRE LE CHÔMAGE
(…) Rien ne vaut, pour le coup, le savoir-faire de spécialistes de l’image comme Wolinski, Reiser, Tardi, Copi, Tignous ou F’Murr qui s’y essaieront tous. Sans oublier Cabu qui, parce qu’il était incapable de dire non, réalisera de nombreuses affiches, souvent gracieusement : pour les droits des femmes, contre le nucléaire, en faveur du pacifisme…
La pièce la plus forte de l’exposition demeure néanmoins l’œuvre d’un pur affichiste, Alain Le Quernec. Créée en 1981 pour la section bretonne du Parti socialiste unifié (PSU), sa Bécassine brandit le poing en dessous du slogan « Décidons chez nous ».(…)
« Un siècle d’affiches politiques et sociales en bande dessinée », Musée de la bande dessinée d’Angoulême, jusqu’au 31 décembre. Info : Citebd.org
- Frédéric Potet (Angoulême, envoyé spécial)
Journaliste au Monde
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/bande-dessinee/article/2016/11/18/la-bd-fait-le-mur_5033678_4420272.html#bme8MR7DI0OLiRRb.99
![]()









Leave A Comment