« Le Ring de Katharsy » d’Alice Laloy. La Compagnie s’appelle Reviens
Nous l’avons vu au Volcan, nous en avons parlé au Bistrot Culture : Le journal La Terrasse en rend compte :
« Cette nouvelle création d’Alice Laloy fabrique un langage artistique hybride remarquablement abouti, orchestrant une succession de matchs lors d’un jeu vidéo qui se fait miroir féroce d’une société sous le joug d’une consommation et d’une compétition insatiables. Magistral ! (…)
Troublant la frontière entre le vivant et l’inanimé, entre l’humain et le pantin, le langage hybride et plastique d’Alice Laloy où s’entrelacent acteurs, marionnettes, machinerie, matériaux et compositions sonores met en jeu de renversantes manipulations et de troublantes métamorphoses.
Ici ce n’est pas la marionnette qui tend vers l’humain, c’est l’humain qui se fait marionnette, jusqu’à ce que surgisse une forme de déraillement…
Le Ring de Katharsy, nouvelle dystopie, prend place dans un dispositif intriguant, celui d’un jeu vidéo et de ses parties successives – une brillante idée riche d’implications. Non seulement le contenu du jeu se fait miroir glaçant et féroce d’une société rétrécie par un individualisme forcené, par les impératifs que génèrent la consommation, la compétition et un insatiable désir de possession, mais le fonctionnement même du jeu transforme les joueurs en pantins obnubilés par leur score. On ne peut s’empêcher de penser à ces jeux aux objectifs sans cesse renouvelés qui accaparent le temps de cerveau disponible des enfants et demandent même de l’argent afin d’être plus performants. En fond de scène deux écrans, un pour chaque équipe. Entre les deux, Katharsy, qui orchestre ces parties dont les adeptes vivent les émotions par procuration…
Une forme hybride qui interroge profondément
Nous assistons à la mise en place du jeu, avec traçage au sol du ring et installation des équipes. (…) Sur des brouettes sont amenés les avatars évoquant des zombies, trois par équipes, automates inexpressifs au regard vide qui obéissent sans faillir, quoique… Alice Laloy et les siens instillent une forme de désobéissance aux instructions, d’abord ténue puis massive. Seule touche de couleur dans cet univers gris inspiré à l’artiste par les œuvres du plasticien belge Hans Op de Beck, celles des vêtements des deux joueurs tendus et concentrés qui s’affrontent et se tiennent de chaque côté du ring, énonçant leurs ordres sous forme de verbes. Une porosité de plus en plus visible entre avatars et joueurs laisse sourdre une contamination où la rage prend le dessus.
(…) Pour chaque match des objets sont requis et chutent depuis un grill : meubles, nourriture, poupons…, la parentalité n’offrant aucun répit à la déshumanisation. Intitulés Black Friday, Que le meilleur gagne, Click & Collect, Enjoy your Meal, Green is Beautiful, Stop Crying…, les matchs exacerbent les manipulations en empêchant tout écart, ou presque. Quelle pourrait être l’issue d’une révolte des avatars ? (…)
Agnès Santi
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