A l’occasion des 40 ans de la mort du « Castor », « Le Deuxième Sexe » entre dans « La Pléiade »
Uun recueil de textes féministes, « Une fois que les femmes ont ouvert les yeux », est publié. Aurore Turbiau, spécialiste de l’histoire du féminisme, a lu ces deux ouvrages à la lumière de l’évolution des idées féministes.Le Monde des livres (extraits)
https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/04/08/quelle-est-la-place-de-simone-de-beauvoir-dans-le-feminisme-contemporain-un-passionnant-recueil-de-ses-textes-feministes-esquisse-une-reponse_6678294_3260.html
« Féminisme « radical », allié à la lutte des classes
Beauvoir passe ainsi d’une forme d’idéalisme intellectuel, celui des années 1950-1960, relativement solitaire et volontiers critique, entre autres exemples, des méthodes d’action violente des suffragettes – qu’elle plébiscitera au contraire, plus tard –, à la conviction que la lutte ne peut se dispenser d’un engagement de terrain, collectif, ouvertement militant.
Voilà ce qui fait la nature de son féminisme « radical », allié à la lutte des classes. Elle l’a répété souvent. Cette radicalité est une politique pragmatique. « Etre vraiment politisé » ne consiste pas à mettre des bulletins dans des urnes : « c’est prendre part aux luttes sociales, et la seule manière d’avoir prise sur la société (…), c’est d’appartenir à des syndicats, à des groupes de pression, d’être solidaire avec autrui ». D’où l’intérêt d’observer le parcours féministe de Beauvoir dans son ampleur : l’ouverture sur les années 1980, moment des années Mitterrand et de l’affadissement des mobilisations, permet notamment de constater l’efficacité institutionnelle concrète du soutien que Beauvoir apporte à la ministre Yvette Roudy, pour le remboursement des IVG ou contre le sexisme publicitaire, notamment – moins révolutionnaire, mais toujours pragmatique.(…)
Etre politisée, c’est encore : parler, (se) disputer.(…)
D’une part, bien sûr, il faut replacer la pensée beauvoirienne dans son époque, comprendre son ancrage, en situation ; mais cela, d’autre part, sans l’appréhender comme un bloc immuable au nom duquel il faudrait pardonner à la philosophe quelques égarements, en considérant plutôt qu’elle continue de parler avec notre époque et nos questions. »
Petit groupe d’adhérentes de l’association MCH, nous sommes allées voir la 1ère de la lecture musicale de la comédienne Marie-Armelle Deguy, Deux ou trois choses qu’elle nous dit d’elle,aux franciscaines, à Deauville, le 11 ,avril 2026. Percussions: Jean Christophe Feldhandler. Entretien Viva Culture 19 avril à 11h Ouest track radio
Archives. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous republions un entretien donné en janvier 1978 par la féministe, auteure du « Deuxième Sexe », à Pierre Viansson-Ponté.
On fabrique la féminité comme on fabrique d’ailleurs la masculinité, la virilité. Il y a eu beaucoup d’études très intéressantes de psychanalystes, de psychologues, ou autres, pour démontrer ce fait.
En particulier, le livre d’une Italienne, Elena Gianini Bellotti, « Du côté des petites filles », qui a montré d’une façon très détaillée, à partir d’une expérience de femme qui a travaillé dans des maternelles ou auprès de jeunes mères, que l’éducation de l’enfant, garçon ou fille, est différente dès les premières années.
Vous avez écrit dans « Tout compte fait » : « J’ai cru trop vite, quand j’ai écrit “le Deuxième Sexe”, à une proche victoire des femmes. »
Oui, j’ai cru trop vite, parce que j’ai pensé que la victoire des femmes serait liée à l’avènement du socialisme. Or le socialisme, c’est un rêve, il n’existe nulle part. Les pays que nous appelons socialistes aujourd’hui ne le sont pas du tout.
Et d’autre part, dans ces pays dits socialistes, la situation des femmes n’est pas meilleure que dans les pays capitalistes
En France, les choses n’ont pas bougé ?
A mon avis, elles ont un peu empiré. C’est-à-dire qu’il y a infiniment plus de viols, infiniment plus d’agressions des hommes contre les femmes.
Vous disiez, en 1967, dans vos entretiens avec Francis Jeanson [« Simone de Beauvoir, ou l’entreprise de vivre »] : « Le féminisme, c’est une manière de vivre individuellement et de lutter collectivement. » Vivre le féminisme individuellement, comment ? Et lutter collectivement, comment ?
Je garderai toujours cette formule, c’est-à-dire que, individuellement, on peut essayer de s’affranchir des contraintes économiques qui pèsent contre la femme, on peut essayer d’avoir un métier, de travailler au dehors, de faire une carrière.(…)
J’ai toujours essayé dans mes livres de me tenir près de la vie réelle.(…)
Les Mémoires, bien sûr, j’y tiens, parce que c’est une manière de ressaisir toute mon existence.
Hors-série du « Monde » : Simone de Beauvoir, penser la liberté 20 février 2019
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