L’enfance mise en musée – 10mn chronique, sur Ouest Track radio, dans Viva Culture une émission de la MCH

  Claire Tabouret – Exposition  Les veilleurs.

Un rire d’enfant. Qui reste insensible à un rire d’enfant ? Et qui reste insensible à ces petits visages qui ont l’air d’être faits juste pour nous attendrir ?
Aujourd’hui, la plupart du temps, sur les écrans dispensateurs d’informations, ces visages nous sont cachés, floutés. Ou bien si on les voit, c’est souvent pour montrer une terrible situation dans un coin du monde dévasté. Comme une preuve plus forte que les mots : la misère et la souffrance dévoilée par l’intermédiaire d’une image bouleversante.
Ailleurs, dans des magazines, pour des publicités sur papier glacé, ils sont mis en scène, figés dans d’impeccables fictions et de jolis vêtements. Sur les réseaux sociaux, drôles et adorables, ils sont le garant de la vie heureuse de leurs parents, contrairement à l’image que vous gardez dans un album ou dans votre portable sans la partager au-delà du cercle de famille et d’amis. 

 

Alors ? Instrumentalisé l’enfant ? Dans ses représentations, il est souvent pris entre le désir de l’adulte d’en faire un porte-parole et la page blanche qu’il serait censé être. Mais si l’enfance est interprétable à l’infini, passé par le filtre du regard de l’adulte, chaque enfant, en lui-même est unique et mystérieux.

En 2000, une exposition d’envergure internationale centrée sur la relation entre la figure de l’enfant et l’art contemporain a suscité la fureur d’une organisation de protection de l’enfance. Quelques mois après la fermeture de l’exposition au musée d’art contemporain de Bordeaux, cette association portait plainte, au motif que certaines des images qui avaient été montrées, véhiculaient un message à caractère pornographique. Parmi les responsables visés : l’ex-directeur du musée, les commissaires de l’exposition et une vingtaine d’artistes parmi lesquels Cindy Sherman, Christian Boltanski, Annette Messager, Louise Bourgeois ou Paul McCarthy… Les quelque 200 œuvres présentées, peintures, photos, videos, sculptures, illustraient une représentation du monde en effet bien loin de l’idée d’innocence et de candeur que l’on prête aux enfants.
La véritable question pour les juges, n’était pas de déterminer ce qui était choquant dans cette exposition mais bien de définir (encore une fois) ce qu’est une œuvre d’art.

C’est après 11 années que la Cour de cassation a finalement confirmé qu’il n’y avait pas lieu de juger l’exposition, mettant fin à une longue et pénible polémique judiciaire. Il n’y aurait donc pas de procès.
Avec une ironie anticipée, le titre de cette exposition était : Présumés innocents .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche dernier s’est achevée l’exposition de Claire Tabouret au Musée d’art contemporain collection Lambert, à Avignon, intitulée  Les veilleurs . Qui sont ces veilleurs ?
Des enfants. Tout autour d’une grande salle lumineuse, plusieurs toiles de formats imposants montrent des enfants groupés, debout les uns derrière les autres, côte à côte, exactement comme pour la fameuse photo de fin d’année scolaire. Il est immédiatement évident que leur regard n’est  pas dirigé vers un objectif. Non, ces enfants nous regardent, nous, le monde, les adultes. Ils sont unis face à nous. Enfants tristes, enfants sages. Sont-ils résignés ?

 

 

Ce qui ressemble là à une soumission est une façon terrible d’exprimer comme un reproche. Ils semblent dire : « Regardez ce que vous faites de nous » Et cela, d’une seule voix, comme une rumeur. On s’approche mais pas trop pour garder une vue d’ensemble parce que c’est à eux tous qu’ils nous transmettent une émotion mêlée d’étonnement ( que leur a-t-on fait ? ) et de tendresse devant ces petits visages fragiles et graves. Sur une toile, ils sont vêtus de costumes de carnaval, très colorés, serrés les uns contre les autres, comme autant de clowns tristes. Sur une autre, encore déguisés mais cette fois ils sont dans une sorte de pénombre, éclairés seulement par une lumière verte qui unifie l’ensemble dans un univers glauque. Les petites danseuses, les papillons, les Pierrot, n’ont rien de joyeux et ils ont tous entre les mains un grand bâton blanc qui fait trois fois leur taille comme pour se défendre ou donner un avertissement. Une autre toile, plus explicite grâce à son titre, nous les montre vêtus de longues blouses blanches. Comme toujours ce sont ces regards graves dépourvus d’insouciance qui attirent d’abord notre attention. On remarque qu’un des garçons ferme les yeux, puis surtout que seuls les visages des enfants sont visibles. Leurs bras, leurs mains sont enfouis dans les plis de leurs chemises. Le titre de cette œuvre : La grande camisole.
Malgré leurs différences, de tableaux en tableaux, ces enfants se ressemblent, les mêmes yeux, les mêmes petites bouches amères. Alors, petit à petit, l’idée s’impose que chacun de ces visages pourrait être un autoportrait. Comment savoir ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici ce que dit Claire Tabouret : « Si je ne veux pas parler de mon enfance, c’est que j’essaie de faire attention à ne pas tenter d’expliquer les choses trop facilement. » Mais elle dit aussi qu’elle a voulu être peintre dès l’âge de quatre ans, après avoir vu les Nymphéas de Monet, et qu’à partir de ce moment, elle s’est trouvée dans un entre deux, dans l’attente du jour où adulte, elle ferait ce qu’elle voudrait. C’est peut-être cette petite fille démultipliée que l’on voit sur ses grandes toiles, sage, patiente.

Emission Par les temps qui courent – France culture – Claire Tabouret

Sur Ouest track radio, les extraits musicaux qui accompagnent 10mn chronique, sont : L’âge d’or par Emily Loiseau ; Sunday morning par Velvet underground et Nico.

Toutes les photos de l’œuvre de Claire Tabouret accompagnant cet article, ont été prises pendant l’exposition Les veilleurs, collection Lambert Avignon.

       

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