« La littérature n’existe réellement que dans notre esprit »

Qu’est-ce que la littérature ? William Marx, titulaire de la chaire de littératures comparées au Collège de France, est au micro de Marie Sorbier avant d’initier sa prochaine session académique intitulée « Les bibliothèques invisibles ».

Alors que débutera le 19 janvier un nouveau cycle académique au Collège de France intitulé « Les bibliothèques invisibles », dirigé par le nouveau titulaire de la chaire de littératures comparées William Marx, l’historien et philologue revient au micro de Marie Sorbier sur l’importance des bibliothèques mentales.

Qu’est-ce que la littérature comparée ?

La littérature comparée est une discipline née au début du 19ème siècle, que William Marx définit comme une étude des littératures qui ne se préoccupe pas des frontières linguistiques, culturelles et nationales. 

Il s’agit d’étudier l’ensemble des textes qui ont été écrits, dans toutes les langues et toutes les cultures, afin d’en tirer des enseignements sur la littérature elle-même.                            
William Marx

Le professeur revendique une démarche résolument ouverte à l’ensemble des cultures et des époques. Une entreprise ambitieuse qui ne va pas sans péril, précise-t-il. 

Dans notre temps mondialisé, ce questionnement de la littérature est d’autant plus important. La littérature est mondialisée : Karl Marx avait déjà noté dans Le capital que la littérature devenait une marchandise internationale. Il est donc temps, pour une institution comme le Collège de France, de réfléchir à ce que les textes font de notre rapport au monde.                            
William Marx

La littérature comparée consiste ainsi à se confronter à des textes, idées et notions qui ne relèvent pas de ce que nous appelons communément la littérature. Pour William Marx, il s’agit de provoquer des chocs et des collisions mentales qui nous permettent de remettre en question non seulement nos conceptions littéraires, mais aussi notre conception de l’existence.

En nous ouvrant ces littératures mondiales, la littérature comparée est une manière de se confronter à des expériences de l’existence totalement différentes.                            
William Marx

Les bibliothèques invisibles

Avec le prochain cycle académique qu’il dirigera au Collège de France, intitulé « Les bibliothèques invisibles », William Marx remet en question l’idée que la littérature n’est constituée que de textes publiés. Si la publication de textes est une activité institutionnalisée dans le fonctionnement de la littérature depuis (au moins) le XVIIIème siècle, la littérature ne l’a pas attendu pour se faire. William Marx cite à ce titre les textes qui étaient déclamés dans des salons littéraires sans jamais être publiés, mais aussi les traditions orales de nombreuses cultures. Par ailleurs, il existe quantité de textes recopiés qui ont fini par être perdus.

La publication représente un système commercial lié au monde de l’édition et des libraires. En évolution permanente, ce système est d’autant plus chamboulé par l’émergence des bibliothèques électroniques.

Parler de bibliothèques invisibles, c’est parler non seulement de tous les textes non publiés, mais aussi de l’image mentale que nous avons de ces textes. Ils n’existent pas seulement parce qu’ils sont dans des librairies ou dans des bibliothèques, mais surtout par l’actualisation qui en est faite dans l’esprit.                          
William Marx

C’est le paysage mental que nous avons des textes constitutifs d’une culture que souhaite explorer William Marx. Il s’intéresse notamment aux textes perdus et inaccessibles : ceux qui n’ont jamais été publiés, ceux qui ont été censurés, et ceux que l’Histoire a simplement oubliés. 

On sait par exemple qu’il y a des centaines et des centaines de tragédies grecques qui ont été perdues. Nous n’en avons conservé que 32, par trois auteurs seulement : pourquoi ces 32 ? Cela montre qu’un choix a été fait. Mais que peut-on savoir de cette bibliothèque invisible des tragédies perdues ?                          
William Marx

Des bibliothèques invisibles, William Marx en perçoit aussi dans notre monde actuel, où les bibliothèques sont particulièrement difficiles d’accès. Ayant à l’esprit tous les étudiants, doctorants et chercheurs qui peinent aujourd’hui à y accéder, il voit en l’inaccessibilité des bibliothèques une nouvelle forme d’invisibilité.

Avec le confinement, les lecteurs eux-mêmes ont été invisibilisés. On n’entend pas les usagers des bibliothèques, on entend très peu les livres et ceux qui les lisent.                          
William Marx

Pour aller plus loin :

Les cours du Collège de France, dont ceux de William Marx, sont accessibles en ligne

       

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