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Littérature : la guerre des classes ? Par Joseph Confavreux, journaliste à Mediapart

 

Quelques jours après le limogeage du PDG de Grasset lors de la nouvelle offensive réactionnaire de Vincent Bolloré, et trois semaines avant des États généraux sur le statut d’auteur et la liberté éditoriale annoncés pour se tenir, le 13 mai prochain, au Théâtre de la Concorde, c’est plutôt une dissension ouverte qui se donne à lire dans le milieu littéraire.

Après plusieurs piques sur les réseaux sociaux – telle celle de l’autrice et metteuse en scène Laurène Marx moquant les « soldats du statu quo » et « une gauche empâtée et libérale qui s’étonne qu’en collaborant avec des maisons d’édition de centre droit qui publient des auteurs fachos, on puisse aboutir à Bolloré qui met la main sur la culture » – c’est une tribune signée par plus de 170 maisons d’édition et structures indépendantes qui a déploré la soudaine et tardive prise de conscience de la dangerosité du milliardaire d’extrême-droite.

« Se réveiller d’un coup, en avril 2026, alors que Vincent Bolloré a repris Hachette en main à 100 % depuis 2023 : cette innocence, cet aveuglement volontaire, n’est plus possible », jugent les signataires(….).  

« Pendant que Bolloré impose sa vision, les salarié·es de son groupe se retrouvent avec une épée au-dessus de leur tête, en sachant que leur licenciement ne fera certainement pas la Une des médias. À l’autre bout de l’échiquier, les librairies, les médias et maisons d’édition indépendants luttent pour avoir de la visibilité en maintenant un équilibre économique fragile avec des moyens bien moindres. »(….)

Surtout, sur France 5, la figure de proue qu’est Virginie Despentes s’est prononcée en utilisant ces mots : « Je m’adresse à ceux qui disent : “C’est des bourges, c’est bien fait pour eux”. Je dis, ça, c’est comparable à dire : “Sa jupe était trop courte, et elle aurait dû moins sourire, et si ça lui arrive, c’est bien qu’elle le mérite” ».
« Les autrices et les auteurs ne sont pas tous des bourges, les lecteurs et les lectrices ne sont pas tous des bourges, la littérature n’appartient pas à la bourgeoisie », a-t-elle ajouté.(…)
L’épisode souligne les fractures sociales et idéologiques à l’œuvre dans le monde littéraire qui ne peuvent s’abriter seulement derrière le pluralisme célébré de leur éditeur, sans affronter deux questions ouvertes, et pourtant loin d’être suffisamment problématisées.

A quel moment faut-il partir quand l’organisme auquel on appartient tombe dans le giron réactionnaire ?

Et comment les liens de confiance et de fidélité interpersonnels que l’on entretient dans son milieu professionnel n’en viennent-ils pas à couvrir les compromissions en masquant les effets des recompositions structurelles, économiques et politiques, de l’époque ?

 

 

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