Observatoire des politiques culturelles / Alain Faure : les émotions dans l’exercice du pouvoir

Les élections municipales ont été l’occasion pour le média de publier une interview d’Alain Faure sur le rôle des émotions dans l’exercice du pouvoir local. « Et si l’engagement politique, indépendamment de la rationalité, de la raison et du raisonnement, naissait d’abord de failles ou d’enthousiasmes intérieurs ? », s’interroge le chercheur. Fort de cette intuition, il conduit des entretiens depuis plus de trente ans avec des élu·es de différents pays (France, Italie, Canada et Japon) : quels que soient leur bord politique, leur profil ou les systèmes institutionnels… des ressorts émotionnels identiques les animent.

Alain Faure est directeur de recherche en science politique au CNRS dans le laboratoire Pacte à Sciences Po Grenoble (université Grenoble Alpes). Ses travaux portent sur le pouvoir local, les politiques publiques et l’engagement en politique.

Ses recherches récentes portent sur la politique à l’épreuve des émotions (titre d’un ouvrage codirigé aux PUR en 2017) avec une focale sur les dimensions passionnelles de l’engagement politique local.

L’objectif est de prendre en compte des passions et des déraisons qui relèvent d’épreuves intérieures invisibles à l’œil nu, mais qui jouent potentiellement un rôle dans la formation des opinions, dans la construction des représentations et même dans les comportements politiques. C’est l’hypothèse retenue par Pierre Rosanvallon pour analyser la crise de défiance des Français vis-à-vis du politique lorsqu’il questionne explicitement les ressentis personnalisés de détresse et de désarroi des Français (Rosanvallon 2021).

Du côté de la science politique, de nombreux travaux s’intéressent aux dispositifs émotionnels dans les mouvements sociaux et au sein des sphères militantes, mais sans jamais prendre en compte ce que les psychologues nommeraient les émotions éprouvées. Récemment, des chercheurs ont esquissé des hypothèses sur la façon dont les ressentiments politiques pouvaient être instrumentalisés aux extrêmes de l’échiquier partisan

En revanche, il n’existe pas de corpus scientifique sur les ressentis politiques des personnes qui détiennent et exercent le pouvoir. Les élites politiques semblent pourtant confrontées à des épreuves émotionnelles particulièrement intenses et prégnantes.

D’où une question en première lecture assez simple : dans quelle mesure ces affects personnalisés de nature sensorielle et psychique interfèrent-ils avec les façons de faire de la politique ? Quel rôle les leviers de l’intime, de l’inconscient et du subconscient jouent-ils dans la compétition électorale et dans l’art de gouverner ? En quoi par exemple les blessures d’amour propre et les déchirements interpersonnels provoquent-ils des fragilités et des aveuglements qui transforment l’agir politique ?.(…)

Trois chantiers définitionnels : Le premier concerne les blessures et les traumatismes situés dans l’enfance des élus. Le second chantier concerne le récit des étonnements et des élans d’enthousiasme qui accompagnent leurs premiers combats électoraux. Le troisième chantier enfin concerne les récits qui décrivent les sentiments d’invulnérabilité, mais aussi d’impuissance….  

Toutes ses activités et publications sont en ligne sur le carnet de recherche https://enigmes.hypotheses.org/

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