La liberté de création, une des conditions de notre liberté à tous.
Patrice Spinosi, avocat au Conseil d’Etat, le président de la Fondation Odéon-Théâtre de l’Europe rappelle, dans une tribune au « Monde », que les restrictions à la liberté théâtrale représentent une menace directe pour l’Etat de droit.
A Avignon, cette année encore, les œuvres présentées parlent de la fascination du mal, de l’écologie, des migrations ou des violences sexuelles. Ce n’est pas un hasard si, en Occident, le théâtre est né en même temps que la démocratie.
Depuis la Grèce antique, les acteurs interrogent le pouvoir en mettant en scène les fractures de leur temps. C’est la raison pour laquelle le théâtre est devenu une cible politique.
L’annulation par la nouvelle municipalité (Rassemblement national) de Castres (Tarn) de Passeport, la pièce d’Alexis Michalik sur le parcours d’un réfugié érythréen, n’est pas un fait divers culturel. Elle révèle une évolution plus profonde : dans les démocraties contemporaines, la liberté de création est l’un des premiers terrains de l’offensive illibérale.(…)
Dans un contexte de tension budgétaire extrême, le financement public devient un levier de conformité idéologique. Déjà, en 2024, un rapport du Sénat dénonçait les actions d’intimidation dirigées contre les artistes et leurs œuvres. (…)
Une partie de nos responsables politiques ne considèrent plus une représentation théâtrale comme un espace autonome.(…) Un spectacle doit divertir, au mieux instruire, mais certainement pas contester.(…)
« Le beau est toujours bizarre », écrivait Charles Baudelaire. Même lorsqu’il ne poursuit aucun objectif politique, l’artiste demeure un contre-pouvoir. S’il peut créer sous la contrainte, son œuvre aspire toujours à la liberté. C’est pourquoi restreindre la création ne relève jamais de la seule politique culturelle. C’est l’une des manifestations contemporaines des menaces qui pèsent sur notre Etat de droit.
La liberté artistique participe de notre démocratie, au point d’avoir été érigée au rang de liberté fondamentale par le Conseil d’Etat.(…)
En 1966(….) André Malraux, alors ministre de la culture, s’indignait : « La liberté n’a pas toujours les mains propres. » Elle reste la liberté. Soixante ans plus tard, cette formule n’a rien perdu de son actualité. La liberté de créer n’est jamais un privilège accordé aux artistes. Elle est l’une des conditions de notre liberté à tous.
Visuel Miss Tic
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