De la fragilité…

De la fragilité

En septembre dernier, au Portique, Centre d’art contemporain du Havre, l’exposition Le voyage, par l’Atelier Van Lieshout, nous avait fait découvrir des installations bricolées, destinées à imaginer et construire un avenir incertain, nées d’un « désir collectif de créer un monde nouveau ». Sur deux étages plongés dans la pénombre, des objets rafistolés, des mannequins désarticulés, des instruments étranges censés maintenir en vie davantage que de soigner, illustraient une forme de violence mais aussi, oui, d’apaisement. Rêver une autre vie, se préparer à un ailleurs, avec presque rien, y semblait presque possible. Joep Van Lieshout avait imaginé un lieu d’où partir pour un voyage, vers une sorte de « terre promise », vers un endroit « meilleur que le nôtre ». Il proposait dans cette exposition, une sorte de boîte à outils pour que chacun s’en empare et y puise de quoi écrire un avenir. De ces quelques objets qui semblaient sortis d’un roman gothique ou de science-fiction, de ces objets insignifiants disloqués, réparés approximativement, apparaissait la possibilité d’oser prendre un nouveau départ, avec ce que l’on a entre les mains, pour un voyage vers une renaissance, vers un espoir, entre fragilité et volonté, Joep Van Lieshout, commentant son exposition, dit qu’il s’agit pour le visiteur, de ressentir, de s’imprégner et de croire en cet univers où tout est délabré mais où « un groupe de personnes très idéalistes sont prêtes à démarrer une nouvelle vie ».

                                    Le voyage, photo JLD

En cette fin d’année 2022, l’artiste Michel Blazy lui a succédé et a disposé ses objets pour l’exposition Six pieds sur terre. Un cheminement parmi des agencements hybrides où l’artificiel et le naturel se rejoignaient. Un étage était couvert d’un jardin composite fait d’un tapis humide qui accueillait les pas prudents des visiteurs, et où germaient des tiges et des feuilles issues de divers textiles devenus terreau. Ailleurs, s’épanouissait une végétation chétive dont les racines avaient pris naissance au cœur de cordes de chanvre. Ici, dans les replis de tissus éponges, se déployaient de petites plantes frêles. Là des pommes de terre posées sur des paillassons, y puisaient leur nourriture. Plus loin, isolé, un agencement entre des boîtes de conserve rouillées et l’inattendue éclosion de trèfle, de feuilles d’avocat, de succulentes.

                                                                                             

D’une exposition à l’autre, ce sont nos fragilités qui étaient mises en scène. Or, chaque fois, un équilibre entre une menace et la volonté têtue de lutter avec les moyens du bord, quitte à partir dans l’inconnu, quitte à associer les opposés, manifestait du désir de durer. L’expression des fragilités suggérant des forces insoupçonnées.

Pendant la même période, avait lieu la 16e Biennale de Lyon, Manifesto of fragility, où, parmi une dizaine de lieux, 200 artistes déclinaient des propositions qui menaient le visiteur à travers les arcanes de toutes les vulnérabilités. Illustrations d’une multitude d’histoires et de réflexions, où chaque création posait la question de l’adversité, de l’instabilité des êtres et du monde. Ces regards divers tendaient à mettre en évidence que la fragilité n’est pas une faiblesse mais est inhérente à nos existences, associée à nos facultés de combattre, résoudre, soigner. Peut-on en déduire que si la fragilité est à la mode dans l’art contemporain, la résistance est son corollaire ?
A suivre…

Décembre 2022
Catherine Désormière

Textes à retrouver dans les trimestriels MCH 28 et 29

Leave A Comment

Recherche

 

Nos bons plans
sur notre sélection de spectacles ...
Journal MCH
Le journal de l'association...
J'adhère à la MCH
Ou renouvelez votre adhésion en ligne
Nous contacter
Besoin de renseignements ?