TRIMESTRIEL#2020 – LES EDITOS

TRIMESTRIEL N° 20 JANVIER 2020

« Il me semble que la civilisation est toujours à recommencer ; qu’elle n’est pas un état de grâce, mais bien un travail continuel sur soi-même et les autres, dans la direction indiquée par l’expérience et par l’espoir. L’homme est une question de persévérance. » Cette citation de l’écrivain roumain Petru Dumitriu (1924-2002) est plus que jamais d’actualité. En effet on ne compte plus les motifs d’inquiétude dans un monde traversé par plusieurs défis.
Où en sommes-nous d’une société où l’on pourrait ne pas perdre sa vie à la gagner ? Où l’on ne se méfierait pas des pauvres, selon Esther Duflo (prix Nobel d’économie 2019)? Où le langage des poings ne prévaudrait pas sur la parole ? Où l’éducation serait prédominante parce que les pays s’enrichissent grâce à l’intelligence et au savoir ? Où nos instances politiques et économiques seraient capables de répondre à l’urgence écologique hors de la domination de grandes firmes ? Où l’on ne craindrait pas les tentations populistes et une dérive autoritaire ?

« La démocratie est par nature expérimentale » écrit l’historien Pierre Rosanvallon dans Les siècles du populisme (Seuil). C’est dire que nos démocraties sont fragiles, soumises à des aspirations légitimes et parfois contradictoires.
« La question du totalitarisme n’est pas derrière nous mais devant nous » affirme le philosophe Jean-Jacques Rosat auteur de Chroniques orwelliennes (Collège de France).

C’est la raison pour laquelle le rôle des artistes et des acteurs culturels est si précieux. Partager les arts avec le plus grand nombre et avec l’exigence la plus élevée, c’est ce qui anime également beaucoup de spectateurs moins « consommateurs » qu’acteurs.
La part de la culture dans les programmes des candidats aux élections est, hélas, significative : elle est le plus souvent réduite quand elle n’est pas passée sous silence….
La démocratie pourtant est à ce prix : les fondements du totalitarisme sont la censure, l’ignorance et la pauvreté ou l’instrumentalisation du langage.

On suivra sur ce point l’économiste Deirdre Mc Closkey qui affirme que c’est la production des intellectuels et des artistes qui explique le grand enrichissement qui gagne l’Europe de l’Ouest, puis le reste du monde entre le 18ème et le 20ème siècle : grâce à eux, l’éthique bascule.
Ils font de la liberté, de la créativité et de l’innovation les nouvelles vertus morales en lieu et place de l’honneur, du rang et de la soumission à l’Eglise et au prince.

Conférence à Paris : rencontre avec Deirdre McCloskey | Contrepoints
N’est-ce pas ce qui définirait un nouvel individualisme porteur d’actions solidaires ? Celles des jeunes des Fridays for future pour nous éveiller et protéger la terre et celles des Sardines, en Italie, dans une belle énergie de vie commune ?

Isabelle Royer, présidente de l’association MCH

TRIMESTRIEL N° 21 AVRIL 2020

Exceptionnelle période où nous avons vu le monde autour de nous s’arrêter progressivement dans un confinement à peu près général en raison du coronavirus ! Tout ou presque a fermé ses portes, l’économie a été ralentie, la politique mise entre parenthèse, les contacts humains réduits…

Ce contexte nous apprend-il quelque chose ?

Que la pollution peut disparaître de nos cieux grâce à la fermeture des usines et de moindres circulations ? Que les moyens de communication à distance sont un atout considérable ?

Certaines activités nous manquent cruellement. 

En effet, le télétravail nous permet parfois de poursuivre notre tâche, les livres se lisent et se relisent, les radios s’écoutent, les films et les séries se regardent.

Mais nous regrettons amèrement tout ce qui fait lien : les bureaux, les commerces, les ateliers, et bien sûr les bars, les restaurants, mais aussi les cinémas, les salles de concerts, les théâtres, les musées et les bibliothèques… Notre art de vivre  est en suspens, c’est une sorte d’amputation d’une part de nous-mêmes.

Ce que nous vérifiions après les attentats du Bataclan (13 novembre 2015) se confirme : notre société repose sur le partage – d’espaces, de temps, d’actions –   la culture nous est consubstantielle.

Est-elle liée à une angoisse existentielle que pointait Pascal en 1670, celle de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre par peur de notre condition mortelle ? Vient-elle du risque de folie vécu par le Robinson ivre de solitude de Michel Tournier dans son roman Vendredi ou la Vie sauvage en 1971 ?

VENDREDI OU LA VIE SAUVAGE - TOURNIER MICHEL - 2003 | eBay

En fait, les créateurs, eux qui mettent en œuvre leur liberté, nous l’enseignent. La culture n’est pas une récréation, ni un support de communication, ni une variable d’ajustement, ni un luxe.

L’art est aussi la première victime d’une dictature politique et militaire, voire la cible préférée des esprits médiocres,  affirme Igor Antic, artiste plasticien franco-serbe, dans la revue Vie des arts (n°194, 2004).

Et Francis Jeanson, qui a inspiré en grande partie la déclaration de Villeurbanne, signée le 25 mai 1968 par trente-quatre directeurs de maisons de la culture et de théâtres populaires, citait une note de la direction du théâtre au ministère des Affaires culturelles en 1971 :

Le déferlement des informations, les sollicitations d’une consommation toujours accrue tendent à faire de lui (l’individu)  un spectateur ou un objet manipulé par des forces qui lui échappent.  Acquérir une culture est pour l’homme d’aujourd’hui le moyen de retrouver son autonomie, c’est-à-dire la capacité de juger le monde économique qui l’entoure, d’exprimer sa relation avec la nature, en même temps que de communiquer avec autrui.  Ainsi la culture, moyen d’autonomie, devient aussi la condition de l’initiative retrouvée, de la relation avec l’autre : elle est inséparable d’une tentative pour maîtriser le destin individuel et collectif et pour épanouir en chacun ses capacités de créativité et de bonheur.

C’est pourquoi la culture est la démocratie même.

Isabelle Royer, présidente

TRIMESTRIEL N° 22 OCTOBRE 2020

 Nous venons de vivre une période extraordinaire : un confinement général, voire mondial, dû à une pandémie aussi imprévue qu’effrayante. Privés de (presque) tout, de contacts, de sorties, d’espace, et de temps organisé, de « vraie vie », nous avons, plus ou moins bien, vécu une vie « virtuelle », nourris de téléphone, de télévision, d’internet,  assignés à résidence pour du télétravail, du télé-enseignement, des e-apéros, de la e-gym, e-culture, e-amitié….Nous n’étions pas tous à la même enseigne, inégaux en horizons, en loisirs, en désirs. Et pendant que  pour la plupart d’entre nous la pression sociale était allégée et le temps arrêté, d’autres, invisibles d’ordinaire, déployaient des trésors de compétences et de solidarité.

Georges Moréas on Twitter: "Régime de semi-liberté… "

Certains parlent de jour d’avant, et de jour d’après. Avec l’espoir que les lendemains bénéficient des leçons imposées par la crise sanitaire. D’autres désespèrent des habitudes retrouvées…

Et pour nous qui aimons les arts « en vrai », la preuve a été faite par défaut que la musique, le théâtre, la danse, la peinture, les films, les rencontres littéraires, regardés sur des écrans, solitairement, ne nous offraient pas la jubilation d’une salle et d’un public.

Quand notre association a intitulé sa première Grande conversation en 2013, « L’art comme l’air qu’on respire », nous  savions que ce besoin était vital. Et en effet, pendant le confinement, il nous a manqué « la chair et l’os » des artistes et des œuvres, le partage avec d’autres spectateurs et la joie de « sortir » !

Nous avons hâte de retrouver nos face à face avec la création.

Isabelle Royer, présidente

 

 

 

       

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