OBSERVATOIRE DES POLITIQUES CULTURELLES 2 mars

Filières d’excellence et attractives, les écoles d’art publiques sont actuellement soumises à diverses critiques : forte sélectivité privilégiant les étudiants déjà favorisés, manque de diversité, difficulté d’insertion professionnelle, modèles économiques des écoles difficiles à soutenir, offre de formation hétérogène et peu lisible… 

  • Dans un récent rapport, « la Cour des comptes appelle à refondre la carte des écoles d’art » et à définir une stratégie nationale impliquant les différentes parties : culture, enseignement supérieur, éducation nationale. Eric Nunès dans Le Monde observe que « si de nombreux acteurs du secteur reconnaissent la nécessité d’une reprise en main, ils craignent une réforme comptable, éloignée des spécificités d’un secteur à part. »
  •  Dans son article « A quoi peut (bien) servir une école d’Art ? » paru dans Profession Audiovisuel, Marc Sagary se demande si « une école d’art doit devenir plus professionnelle, s’adapter davantage à la demande ou rester un lieu de débats esthétiques, loin du monde économique et des marchands ». À la faveur de la publication automnale du passionnant Artistes plasticiens : de l’école au marché*, le temps est enfin venu d’interroger la noblesse des écoles supérieures d’art publiques en France. Celles-ci, tellement nombreuses et semblables, finissent par se faire du tort à elles-mêmes, négligeant de repenser en profondeur leurs offres de formation, manifestement déphasées au regard de la transfiguration rapide du monde.

Fort heureusement, il n’est pas nécessaire de suivre les cours d’une école supérieure d’arts publique, nationale (administrée par le seul ministère de la Culture) ou territoriale (sous l’égide financière, le plus souvent, des villes ou des communautés d’agglomération), pour devenir artiste même si la plupart d’entre eux, dont les plus illustres, ont effectivement fréquenté une « école des Beaux-Arts » plutôt qu’une université. Sans doute parce que les cours d’apprentissage des pratiques de l’art y sont plus complets que dans n’importe quelle faculté dont les approches théoriques restent souvent prédominantes, voire exclusives.

Sans doute aussi parce que les budgets et toutes les ressources afférentes, espaces, équipements, matériels, enseignants, assistants, techniciens, etc., attribués à ces écoles demeurent plus importants…Ainsi, il apparaît assez clairement que les écoles supérieures d’arts publiques sous tutelle du ministère de la Culture contribuent sans conteste à l’émergence d’artistes même si l’autodidaxie et les autres établissements universitaires comptent également beaucoup…

Mais, à la différence des universités, les écoles d’art sélectionnent soigneusement leurs futurs étudiants en opérant un filtrage selon des critères aléatoires, parmi lesquels l’aptitude du candidat à développer son talent potentiel doit prévaloir (a priori). …De ce fait, avec autant de moyens, autant d’écoles et autant d’étudiants de premier choix, comment se fait-il, compte tenu de ces données statistiques liminaires, que le taux d’insertion professionnelle stable des diplômés soit aussi peu satisfaisant (aux alentours des 6 %) ? Comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus d’artistes-auteurs en mesure de vivre uniquement (et correctement) grâce à la formation qu’ils ont reçue ? Comment se fait-il qu’il n’y ait pas davantage d’artistes français bénéficiant d’une reconnaissance internationale ? etc., etc.

 

  • L’actualité éditoriale sur le thème des droits culturels s’emballe. En quelques mois, au moins quatre nouvelles publications leur sont consacrées.

Signalons, une publication du Comité d’histoire, un ouvrage de Culture et Démocratie, un dossier du dernier numéro de Nectart consacré au sujet. Un débat assurément complexe qui suscite des points de vue variés.

Sauver le secteur culturel peut-il tenir lieu de politique ? s’interroge Philippe Teillet dans Nectart. « En réponse à la crise majeure actuelle, les politiques culturelles semblent se borner aux limites du secteur professionnel qu’elles ont fait naître, alors qu’elles auraient l’occasion, comme à la Libération, de repenser le sens politique de leurs interventions à partir des droits culturels. » Les droits culturels, un changement de paradigme pour le moins clivant, comme en témoigne la tribune que publie Éric des Garets. « Si je ne remets pas en cause la prise en compte des droits culturels, je considère qu’ils dépassent le champ culturel et doivent infuser toutes les politiques publiques. Les réduire à la culture au prétexte qu’ils portent le mot culturel est, pour le moins, excessif et rudimentaire. »

LECTURES N°57

Ce que la culture fait à la société

Paul Ardenne

La culture, somme de nos représentations symboliques, ne se développe pas hors du champ social. Même le créateur le plus solitaire qui soit a peu de chances d’y échapper. Il en émane plutôt, s’attacherait-il à s’y opposer systématiquement. La culture, avec la famille, l’école, le droit, est un ferment de socialisation. À travers la multitude de ses expressions et l’attention que nous y portons, elle nous dit et nous donne à comprendre qui nous sommes et pourquoi, où nous sommes, et dans quelle perspective – existentielle, morale, politique – nous sommes inscrits.

L’art dans l’espace public : vigie du monde

Laetitia Lafforgue

Se faire dans le monde et non hors du monde, c’est la première des spécificités de l’art dans l’espace public. De fait, il est en pleine prise avec la société. Qu’est-ce qui motive les artistes à s’exprimer dans l’espace public ? De quelles évolutions sont-ils les témoins ? Comment font-ils face aux contraintes réglementaires, sécuritaires, sanitaires ? En quoi interrogent-ils la dimension démocratique de l’espace public ? Sur quoi nous alertent-ils ? Voici quelques pistes de réflexion, à partir de mon petit bout de lorgnette.

 

 

 

 
 
       

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