Germaine Kanova, une photographe de guerre et de stars

Après notre Grande conversation sur Le regard des femmes photographes, voici des Extraits du Monde, 16 avril 25  sur Germaine Kanova, cinquante ans après sa mort, oubliée de tous, par Benoît Hopquin

De riches archives ont ressurgi, visibles dans un livre et deux expositions : les portraits de Winston Churchill, du général de Gaulle mais aussi de Vivien Leigh, de George Bernard Shaw, de Jean Cocteau, de Colette, de Pablo Picasso, de Romain Gary, d’Arletty, de Jacques Prévert, de Michèle Morgan, de Cary Grant, de Billy Wilder, de Maurice Chevalier, d’Audrey Hepburn….

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Photographe de célébrités, Germaine Kanova fut aussi une intrépide reporter de guerre en 1944 et en 1945. Elle suivit au plus près les troupes françaises libérant le pays, les accompagnant jusqu’en Allemagne. Elle enregistra pour l’histoire l’horreur des camps de concentration. Un parcours qui rappelle bien sûr celui de Lee Miller, photographe américaine de mode, égérie du surréalisme, devenue correspondante de guerre pour Vogue….

La Française se rendit aussi dans les poches de défense allemandes sur l’Atlantique, comme Lorient, Royan ou la pointe de Grave, près de Bordeaux, qui ne furent libérées, on l’oublie souvent, que plusieurs mois après le reste du pays. Ce versant de son travail ressurgit enfin. Dans un livre d’abord, Forteresses allemandes dans la France libérée, de Stéphane Simonnet, qui sort le 17 avril chez Allary….

Lors d’un séjour à Vienne, la jeune femme rencontre Trude Fleischmann, une photographe autrichienne réputée, une pionnière qui, dans les années 1920, a révolutionné l’art du portrait, jusque-là par trop guindé. Germaine joue la mannequin pour Trude. Elle se découvre surtout une vocation. La Française se lance dans la photo.

Vers la fin des années 1930, elle ouvre son propre studio à Londres, au 60, Baker Street….Elle et son Rolleiflex se taillent très vite une certaine notoriété dans la capitale britannique. On apprécie sa manière de jouer avec les éclairages pour créer des clairs-obscurs.

Elle portraiture le dramaturge et critique irlandais George Bernard Shaw.Portrait de George Bernard Shaw, dans le studio de Germaine Kanova, à Londres, en 1939.« Ma tante parlait six langues, se souvient Michèle. Après l’Anschluss et l’annexion de la République tchèque, elle et son mari ont aidé des amis juifs à trouver refuge en Angleterre. » Elle affirmera à ses proches avoir plusieurs fois joué les passeuses, traversant la frontière autrichienne pour les emmener en lieu sûr.

L’invasion de la France et la débâcle de son armée surprennent Germaine outre-Manche. Elle vit le blitz stoïquement, en parfaite Londonienne. Elle continue de former dans son studio des jeunes impétrantes, dont certaines exilées, comme Dorothy Bohm, qui deviendra célèbre, ou Miriam Gilou-Cendrars, la fille de l’écrivain Blaise Cendrars, qui sera une figure de la Résistance. Elle se prend particulièrement d’affection pour Aline Gubbay, de dix-huit ans sa cadette et en fait son assistante….

Le 27 septembre, Germaine Kanova récupère une nouvelle voiture, subtilise de l’essence, selon ce qu’elle écrit dans son agenda, et file vers Bordeaux. Elle rejoint d’abord un maquis dans le Tarn-et-Garonne, puis le maquis Foch, à la pointe de Grave, mené par le commandant Cottu. …Ses oreilles saignent du bruit du canon. « J’ai eu le feu au cul, des grenades aussi, écrit-elle. J’en suis sortie. » Elle racontera à Lesley Blanch avoir joué les espionnes, traversant les lignes allemandes pour photographier leurs défenses avec un appareil dissimulé sous son chandail. Elle gagne dans l’action le respect des maquisards et un surnom : « Miss Caméra »….

En novembre 1944, elle revient à Paris et entre au Service cinématographique des armées (SCA), qui deviendra l’Ecpad. L’organisme a été créé en 1943 par la France libre, à des fins de propagande. Parmi les vingt et un professionnels recrutés, trois femmes : elle, Germaine Krull et Brigitte Gros (née Servan-Schreiber, sœur de Jean-Jacques, futur fondateur de L’Express)….

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Le 11 avril 1945, Germaine Kanova se rend à Vaihingen-sur-l’Enz, près de Stuttgart, où un camp de concentration, annexe du Struthof, a été découvert quatre jours plus tôt par les troupes françaises. Elle photographie les déportés, juifs et politiques, avec son Rolleiflex et son Leica…

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Elle gagne un nouveau sobriquet auprès de la troupe : « Gonflée à bloc ». Et récolte même une croix de guerre…

Mais, à la fin des années 1950, donc, sans que personne puisse fournir la moindre explication à ce jour, elle plaque tout pour prendre un bar à Saint-Sauveur-en-Puisaye, au pays de Colette, dont elle avait tiré le portrait quelques années plus tôt. Au bas d’un cliché, l’écrivaine avait écrit : « Enfin une photo ressemblante, c’est-à-dire pas aimable. Vive Germaine Kanova ! »

https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2025/04/16/germaine-kanova-une-photographe-de-guerre-et-de-stars-au-destin-hors-du-commun_6596603_4500055.html

 

 

 

 

 

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