Au Volcan : Monarques d’Emmanuel Meirieu, version augmentée de son spectacle Sur l’aile d’un papillon
Dans sceneweb
Comme souvent, pour ne pas dire toujours, avec Emmanuel Meirieu, l’effet « waouh » inaugural de Monarques est des plus saisissants. Après y avoir projeté une vidéo où un Canadien, parapentiste de son état, détaille la relation étroite qu’il entretient depuis qu’il est enfant avec les papillons monarques et avec son frère récemment disparu dans un accident de vol, l’artiste ne tarde pas à se débarrasser de son rideau de scène stylisé pour lever le voile sur la somptueuse scénographie qu’il a imaginée avec son fidèle complice Seymour Laval.
Face au public médusé, s’imposent non pas un, non pas deux, mais bien (presque) trois wagons de La Bestia, ce convoi de marchandises, aussi surnommé « train de la mort », qui traverse le Mexique du sud au nord avec des centaines d’exilés d’Amérique centrale en quête de l’eldorado américain à son bord, ou plutôt sur son toit. Réalisé par l’atelier de construction de décors du Théâtre du Nord, dont on ne soulignera jamais assez ni le caractère essentiel ni le talent de celles et ceux qui y oeuvrent avec de l’or entre les doigts, ce dispositif scénographique à l’échelle 1:1, construit selon les vrais plans de La Bestia auxquels Emmanuel Meirieu et Seymour Laval ont eu accès par l’intermédiaire de son constructeur, est étonnant et impressionnant de minutie. (…)
Sur le toit de ce convoi effrayant d’hostilité mécanique, est disséminée une collection de sublimes mannequins imaginés par Emily Barbelin. Tels des êtres pétrifiés par une catastrophe qui serait déjà advenue, ils hantent bien plus qu’ils n’habitent les lieux, comme s’ils étaient entre la vie et la mort.
Au pied de ce monstre métallique, un homme s’affaire. En quête de quelques gouttes d’eau, Jean, c’est son nom, porte sur ses épaules son ami Santiago – sous la forme d’une marionnette. (…) Originaire d’Haïti, où sa mère, avec qui il est en contact régulier grâce à des vocaux envoyés avec son téléphone, est restée, il veut à tout prix retrouver son (demi-)frère Wilfrid qui, il y a bien des années, à quitter le domicile familial. (…)
Loin d’être une croisière tranquille, ce périple ferroviaire, long de 2 500 kilomètres, est des plus éprouvants. Marqué par la faim et la soif, qui ne tardent souvent pas à se faire sentir, le voyage, qui s’arrête, dans le meilleur des cas, à la frontière américano-mexicaine, au pied du « mur de Trump », se fait aussi dans une alternance entre la chaleur torride de régions semi-arides et le froid glacial des montagnes, et sous la menace conjointe des malfrats, de la police de l’immigration et de « la bête » ferroviaire qui, à cause d’un moment d’inadvertance ou de sommeil trop profond, peut vous engloutir.
(…) Une fois son impressionnant cadre scénique installé, tout se passe comme si le metteur en scène n’avait pas su trouver une voie dramaturgique pour l’habiter et le faire vivre. Co-écrit avec le comédien Jean-Erns Marie-Louise, et la complicité de Julien Chavrial et Odille Lauria, son texte se révèle famélique, insuffisamment réflexif et incapable d’embrasser le thème de la migration dans toute son ampleur.
(…) Plus globalement, si quelques belles symétries réussissent à émerger, à l’instar de ces exilés mutilés que l’on répare comme les papillons monarques blessés ou de cette réunion finale entre le parapentiste et Jean qui, en unissant de leurs forces, vont permettre au second de réaliser son échappée belle, les chevilles textuelles sont un peu trop visibles, et certains parallèles un peu trop appuyés, pour permettre à l’illusion théâtrale d’advenir et au train dramaturgique de réellement se mettre en marche. (…)
L’utopie du conte donne l’impression d’une porte de sortie un peu trop naïve, d’une envolée théâtrale qui, si elle puise sa source dans le réel, le ferait disparaître tout à trac d’un coup de baguette magique.
Vincent Bouquet –https://sceneweb.fr/monarques-demmanuel-meirieu/>
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