L’association Le Havre-Magdebourg a invité Martin Baloge, docteur en science politique
La ville du Havre est jumelée depuis 2011 avec la ville allemande Magdebourg, capitale du Land de Saxe-Anhalt.
L’Association franco-allemande Le Havre-Magdebourg est très active : elle a pour but de renforcer les liens culturels, sociaux et économiques entre ces deux communautés. Elle propose des voyages à Magdebourg, des rencontres sportives, musicales, etc et aussi des conférences afin de mieux connaître notre pays voisin.

Cette année, en collaboration avec l’université le Havre-Normandie elle avait invité Martin Baloge, docteur en science politique, enseignant-chercheur à l’université catholique de Lille pour une conférence qui a eu lieu le 27 novembre à la Faculté des affaires internationales, sur le thème : « France-Allemagne : regards croisés sur la situation politique française et allemande »
La France connaît depuis plusieurs mois des crises politiques à répétition (gouvernement minoritaire, censure, dissolution, instabilité…) En Allemagne le gouvernement du nouveau chancelier Friedrich Merz, élu par le Bundestag (Assemblée fédérale) en mai de cette année, doit faire face à des défis toujours plus grands (montée de l’extrême droite, impopularité, tensions entre les partis de la coalition…).
Ces deux pays que tout opposait il y a encore quelques années (système présidentiel majoritaire contre régime parlementaire de coalition) semblent aujourd’hui confrontés à des enjeux similaires.
La conférence a mis l’accent sur les différences de culture politique entre les deux pays et en particulier sur le difficile apprentissage du compromis en France et de la gestion de l’extrême droite en Allemagne. C’est justement ce sujet qui a provoqué de nombreuses questions de la part du public.
Comment expliquer la montée de l’AFD en Allemagne ?
AFD : Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne) est un parti d’extrême droite, fondé en 2013, pro-russe, europhobe et anti immigration. Après les élections fédérales anticipées, il s’est imposé avec 20 % comme le premier parti et la première force d’opposition. Il est en train de bouleverser le paysage politique allemand.
L’AFD est en tête des suffrages exprimés dans la quasi-totalité des circonscriptions de l’ex-Allemagne de l’Est. A l’Ouest il n’a remporté aucune circonscription.
C’est le signe qu’une fracture perdure entre les deux anciennes Allemagnes, pourtant réunifiées depuis 35 ans. Pourquoi tant d’électeurs de l’ADF à l’Est de l’Allemagne ?
L’AFD cultive et alimente le sentiment de déclassement des allemands de l’Est. 57 % se sentent considérés comme des citoyens de seconde zone. Ils sont peu représentés dans les milieux politiques, économiques et sociaux et se sentent mis à l’écart.
L’Est a subi un choc économique après la réunification : des milliers d’emplois ont été perdus. Le taux de chômage est plus élevé à l’Est qu’à l’Ouest, il y a moins d’investissement. Les Länder de l’Est sont donc plus pauvres et en proie à la désindustrialisation. Ils sont moins aisés et se sentent lésés.
La réticence à l’extrême-droite est bien moins importante qu’à l’Ouest qui a fait un long travail mémoriel sur le passé nazi. Les jeunes habitants de l’Est n’ont pas d’expérience avec l’immigration. Ils oublient ou ignorent qu’il y a eu des immigrés d’origines africaines, de pays communistes, du Vietnam ou de Cuba venus en RDA. Une partie de cette génération comme une partie de celle de leurs parents ou grands-parents veulent résister aux vagues migratoires, se protéger des influences extérieures. L’AFD cultive ce sentiment d’insécurité.
Le chancelier Merz semble démuni face à cette déferlante de droite. Pour l’instant il durcit le ton pour réduire l’immigration illégale.
La question de la montée de l’extrême droite se pose donc en Allemagne avec acuité, suscitant un certain étonnement dû au passé nazi et à la seconde guerre mondiale. Martin Baloge a le mérite de chercher les causes de ce paradoxe, et de nous les expliquer. Cette question a sans doute sa justification aussi en France : quelles en seraient les réponses ?
Claude Pruvot











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