ELSA BARRAINE (1910 – 1999) : grande compositrice engagée
Faites le test ! Posez la question suivante autour de vous sans mentionner les mots compositrices ni compositeurs qui pourraient influencer la réponse : Quels sont les noms qui vous viennent à l’esprit lorsque vous pensez à musique baroque, classique, romantique, atonale ? Les réponses les plus probables : Vivaldi, Bach, Mozart, Beethoven, Chopin …
Et les femmes dans tout ça ? Hildegard de Bingen, Francesca Caccini, Alma Mahler, Fanny Mendelssohn … et fin du 19e et début du 20e siècle citons au hasard Louise Farrenc, Marie Jaël, Cécile Chaminade ET Elsa Barraine, une des compositrices françaises les plus remarquables du milieu du 19e siècle, tombée dans l’oubli comme bien d’autres. Pourquoi ? Non pas parce qu’elles déméritent mais parce que ce sont des femmes. Ah ces invisibles pour l’histoire officielle !
Heureusement sous l’impulsion des mouvements féministes on redécouvre ou découvre ces compositrices majeures des siècles passés. Elsa Barraine et ses pairs sont remises à l’honneur.
Ainsi Elsa Barraine faisait partie du programme des concerts « Les heures musicales de Notre Dame du Havre » Le 22 mars 2026 Marion André, organiste et cheffe d’orchestre, joua avec brio « Premier prélude et fugue sur un chant de prière israélite » C’est en 1928, à peine âgée de 18 ans, qu’Elsa Barraine compose ce morceau qui montre son intérêt pour l’orgue et la culture juive.
Son père, d’origine juive, était violoncelliste à l’Opéra de Paris, sa mère pianiste et choriste. Dès son enfance elle baigne dans la musique. Précoce, à l’âge de 9 ans elle entre au conservatoire de Paris pour apprendre le piano. Elle aura entre autres comme professeurs de composition Paul Dukas qu’elle admire et dont elle restera proche jusqu’à la mort de celui-ci en 1935.
En 1929 elle obtient avec son œuvre « La vierge guerrière », le premier grand prix de Rome, qui lui permet de séjourner à la villa Médicis. Elle est la quatrième femme à remporter ce prix après Lili Boulanger en 1913, Marguerite Canal en 1920 et Jeanne Leleu en 1923.
Elsa Barraine : une compositrice engagée et pédagogue remarquable
En 1938 elle s’inscrit au parti communiste qu’elle quittera en 1949 en réaction à la politique autocratique stalinienne. Pendant la guerre elle entre dans la résistance, est arrêtée par la Gestapo mais réussit à s’enfuir.
Déjà en 1933 elle compose sa toute première œuvre politique « Pogroms », poème symphonique qui dénonce les actes antisémites des nazis.
Fermement attachée à une musique accessible au peuple, elle rejoint « La fédération musicale populaire » . Elle ne reste pas dans sa tour d’ivoire pour composer de jolies choses féminines. Sa musique vit et décrypte le monde.
Après la guerre elle enseigne au conservatoire de Paris où elle succède à Messian.
Puis elle devient inspectrice des théâtres lyriques. Elle travaille pendant de nombreuses années pour Radio France. A son actif une centaine d’oeuvres : un opéra, trois ballets, plusieurs cantates, deux symphonies, de nombreuses compositions pour ensemble et même des œuvres pour le cinéma (collaboration avec les réalisateurs Jean Grémillon et Jacques Demy) et le théâtre (Jean-Louis Barrault).
Son œuvre a une dimension politique mais aussi spirituelle. « Musique rituelle » est une œuvre pour orgue, tam-tam, gong, xylorimba , composée en 1967,d’après le livre des morts tibétain. Elle comprend 7 parties qui représentent les 7 étapes par lesquelles passe l’âme pendant 49 jours suivant la mort, avant la réincarnation. Composition qui s’éloigne de son style néoclassique habituel pour s’orienter vers une musique teintée de sérialisme.
Si elle avait été un homme aurait-elle composé plus ? Sans doute !
Elle se bat contre le temps. Dans l’émission « Dialogues et musiques » en 1954, elle déplore son manque de temps : « Il y a la croûte à gagner, il y a le travail à la maison, pour une femme plus particulièrement. Il y a des tas de choses qui entrent en ligne de compte et qui vous boulottent le temps. … On a jamais le temps de travailler pour soi. … On le prend au moment des vacances. Autant dire qu’on se claque. »
Hommage
Depuis 2023 le patio situé au rez de chaussée du conservatoire supérieur de musique et de danse de Paris est appelé « Patio Elsa Barraine » en hommage à la compositrice qui a enseigné dans cet établissement de 1952 à 1974.
Le meilleur hommage que l’on puisse lui faire est d’écouter sa musique et de la faire connaître.
Claude Pruvot
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