Nous avons vu « Cendrillon », de Joël Pommerat

Rubrique des spectateurs 15 octobre 2014 à 18h à L’Air du thé.

Cendrillon de Joël Pommerat mis en scène par le Théâtre de l’Impossible au THV

Isabelle :

Sur le moment je n’ai pas été séduite par cette pièce, bien que distrayante. Je connais, comme tout le monde, le conte originel, sa noirceur et sa cruauté. Ici, la désinvolture du texte et des personnages me choque. La marâtre, atteinte de jeunisme, n’est guère féroce, le père invisible dans le conte, fume et fuit ses responsabilités, Cendrillon elle-même est une pauvre petite fille obsédée ; la fée pleine de bonne volonté rate ses tours (qu’elle joue bien cette comédienne !)…Ne parlons pas du prince qui attend le retour de sa mère et offre sa « jolie » chaussure. Bref la profondeur du conte ? Je ne m’y retrouve pas !

Sylvette :

J’adore la scène de bal ! Elle était le clou du conte : ici on ne voit rien ! Il s’agit d’une boîte de nuit, le « Palace », avec ses videurs et la musique qui s’échappe quand on ouvre les portes…Et la famille costumée en 17ème siècle, selon ses a priori sur les fêtes de la cour ! D’un moment clé, moment « de passage » pour les deux jeunes héros, Jean-Baptiste Lemarchand fait une scène ratée : la rencontre est furtive devant la porte, ils ont peur de se retrouver. En plus, le bal ici, devient une évocation de l’angoisse de se montrer, de se sentir inférieur : c’est un problème de classes sociales, comme dans le film Sabrina De Billy Wilder, en 1954, avec Audrey Hepburn.

Isabelle :

Oui mais l’inconscient ? L’archaïsme du conte ? Ici on voit de la psychologie : Cendrier ( !) se sent coupable de la mort de sa mère et frotte, lave, nettoie du sol au plafond, de la cuisine aux sanitaires, avec une frénésie toute névrotique. Le père se réfugie près de sa fille ( !). La marâtre croit qu’elle a séduit le prince… Tout est démonté, montré !! Le conte, lui, suggère…Et il ne craint pas de montrer des êtres malfaisants, paraissant tout puissants. C’est avec ceux-là que l’enfant apprend à se débrouiller !

Sylvette :

Ce n’est pas mal vu quand même ! Remarque que la pièce joue avec les codes du conte. Elle parle aux adolescents, leurs réactions dans la salle le prouvent ! Ce père absent, qui n’ose tenir tête à sa « fiancée ». Ces filles coquettes et infantiles. Cette mère jalouse… Cette Cendrillon qui ne peut surmonter le choc de la mort de sa mère. Le roi qui refuse d’avouer celle de la reine à son fils. Regarde comme le prince, avec son pantacourt, pas débrouillard du tout, est Tintin ! Finalement les contes sont faits pour être transformés…Joël Pommerat voulait faire une pièce sur le deuil et la mort.

Isabelle :

En fait la pièce dégonfle des baudruches, montre le ridicule d’adultes ou de pairs, qui étaient féroces et effrayants ? Ces personnages proposent des images plus ou moins connues aux adolescents d’aujourd’hui et leur offrent des armes …D’ailleurs, le prince et Cendrillon ne se marient pas à la fin : c’est familier !

Sylvette :

Plus encore : Joël Pommerat et le théâtre de l’Impossible avec ses comédiens amateurs, jouent avec les codes du théâtre ! Deux narratrices racontent l’histoire, le décor (c’est-à-dire la maison) est transparent, le bal est invisible, les personnages principaux ne sont ni beaux ni habiles. Pas de magie ni celle de la fée, maladroite, ni celle du théâtre …Finalement ce nouveau regard porté sur un texte traditionnel attire un public mélangé, heureux d’être là. Pourquoi ? Je crois que c’est parce qu’on connait tous le conte justement. Cette connivence, ces bases communes permettent l’accès de tous au théâtre. C’est peut-être ça, l’éducation populaire !

Isabelle Royer et Sylvette Bonnamour

 

       

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