Des nouvelles de Lambert-Wild :EN ATTENDANT GODOT

« A cet endroit, en ce moment, l’humanité, c’est nous, que ça nous plaise ou non, dit Vladimir à Estragon, dans En attendant Godot*. Profitons-en, avant qu’il soit trop tard. Représentons dignement pour une fois l’engeance où le malheur nous a fourrés. » Magnifiquement incarnés par les comédiens ivoiriens Michel Bohiri et Fargass Assandé, cette humanité apparaît bien plus que digne dans le spectacle créé par Lorenzo Malaguerra, Marcel Bozonnet et Jean Lambert-Wild. Elle renvoie à une authenticité, une vibration qui nous happent, nous gagnent – dès les premiers mots de ces deux êtres saisis dans le mystère de l’existence – à la cause de l’abstraction profondément vivante, du hors le temps éminemment concret dont se nourrit la pièce de Samuel Beckett.(…)

Qui sont ce Vladimir et cet Estragon ? Deux hommes, comme ils le disent sans davantage se singulariser. Deux être humains semblables à n’importe quels autres. Que font-ils là, près d’un arbre, dans un espace désertique (la scénographie, joliment épurée, est de Jean Lambert-Wild) ? Ils attendent Godot. Ils passent le temps, soumis au poids des choses. « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! », écrivait Paul Valéry, en 1920, dans son poème Cimetière Marin.(..)

Rejoints par les autres personnages qui, eux aussi, viennent peindre l’étrangeté et l’extravagance de la condition humaine (Jean Lambert Wild compose un Lucky dont la présence soulève l’âme), Michel Bohiri et Fargass Assandé ne cessent d’impressionner l’espace théâtral de leur corporalité terrienne. De leurs voix roulantes et charnues. A l’image du jeu de Marcel Bozonnet, dont le Pozzo hautement expressif semble échappé d’un chapiteau (le rôle du Garçon est, lui, interprété par Lyn Thibault), cette création d’une précision toute musicale prend le parti du burlesque et de la vitalité. Manuel Piolat Soleymat

http://www.journal-laterrasse.fr/en-attendant-godot-6/

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