Le malade imaginaire, Molière; mise en scène Olivier Lopez 30 sept-3 octobre; Caen

NOTE D’INTENTION Olivier Lopez

Le Malade imaginaire occupe une place singulière dans l’œuvre de Molière.. Si nous avons choisi de nous concentrer sur sa part dramatique, c’est que le texte oscille entre le drame social — porté par l’émancipation des personnages féminins —, la réflexion philosophique sur la maladie, et le manifeste sur le théâtre comme source de vérité. C’est aussi une tragédie funeste, où l’auteur semble pressentir et jouer sa propre fin.(…)

Les trois actes se déroulent sur une soirée, puis une journée entière jusqu’à son terme. …

Les situations sont simples. Pour Molière, la maladie gagne du terrain et il n’est plus temps de se soigner ; pour ses personnages, une jeune fille doit être mariée contre son gré dans deux jours. Le sablier est lancé, il faut que Toinette (Anne Girouard) trouve une solution pour détourner son maître d’un projet insensé et invente une stratégie avant l’échéance fatidique du mariage forcé.(…)

anne girouard

Molière choisit pour sa pièce le lieu de l’intime : la chambre à coucher. Ce n’est pas un espace que l’on représente couramment au théâtre à cette époque… Mais Molière brise les tabous, s’affranchit des codes et de la pudibonderie car il cherche une forme de vérité crue, un miroir possible de sa propre réalité. …

Sur le plan de la conception dramaturgique, plutôt que de proposer une « pièce bien faite » aux mécanismes trop rigides, l’auteur s’accordant des libertés nouvelles, il convoque une galerie de personnages secondaires — un notaire, des médecins, une enfant, un frère — qui semblent avoir été arrachés à la vie pour un bref instant, afin de faire avancer l’intrigue…

Mais chez Molière, le mensonge théâtral ne sert jamais à dissimuler : il sert à révéler. Ce sont précisément les jeux, les déguisements, les simulacres et les faux-semblants qui permettent aux personnages d’accéder enfin à une forme de vérité impossible dans l’ordre social ordinaire. Le théâtre devient alors un espace paradoxal où l’artifice dévoile davantage que le réel lui-même.

En faisant semblant, les personnages cessent enfin de mentir. Cette intuition profondément moderne traverse toute la pièce : la fiction soigne mieux que les institutions, le jeu révèle mieux que le discours savant, et l’imaginaire apparaît comme une puissance de résistance face aux systèmes de domination. Là où les médecins enferment Argan dans des mots morts, le théâtre réintroduit du mouvement, du doute, du désir et de la vie. …

Argan transforme sa propre fragilité en un instrument de tyrannie domestique, utilisant le chantage à la maladie pour asservir son entourage à ses moindres caprices. Son égocentrisme radical et sa vanité le poussent à sacrifier le bonheur de ses proches au profit d’autorités médicales absurdes, révélant la dimension pathologique de son besoin de contrôle. À travers lui, Molière dénonce une forme de pouvoir archaïque et aveugle qui, coupé de la raison, s’appuie sur le jargon et la peur pour masquer sa propre impuissance face au réel. Olivier Broche nous en donnera la vision d’un homme qui, au soir de sa vie, se réfugie dans l’autoritarisme, les croyances et l’infantilisation.

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