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Exposition Miriam Cahn, Still leben Galerie Jocelyn Wolff Paris 8ème (jusqu’au 25 avril)

Dans le Monde du 14 mars 26 (extraits)

Presque uniquement des objets, un par œuvre, sur toile ou papier. Ils se reconnaissent aussitôt : brosse à dents et son tube de dentifrice, sèche-linge et sa lessive, anorak rouge, etc. La plupart sont d’un réalisme neutre. Mais le sac à main est translucide, afin que se voient le porte-monnaie et les clés à l’intérieur, et la casserole l’est aussi, de sorte que l’on sait que c’est un poulet qui y cuit.(…)

« Vous voyez, ce sont des objets simples, que tout le monde a chez soi. » Ceux dont elle se sert dans sa maison, à Stampa (Suisse). Ils renvoient à un quotidien universel. « Regardez à la télévision : quand elle montre des réfugiés, des gens qui doivent fuir une guerre ou une catastrophe, qu’emportent-ils ? Ces objets-là, les mêmes, bassines, couvertures, matelas » – il y en a un parmi ses toiles.(…)

« L’objet, je l’ai à peu près dans la tête. La cafetière. Je la connais par cœur, ça fait cinquante ans que je m’en sers chaque matin. Je la dessine. Et d’un coup, en dessinant, je réalise que je ne sais pas comment est son anse. J’ai oublié. Je me lève, je passe la porte de la cuisine, je regarde, je reviens. Et c’est pareil avec tous les objets. Le tube de peinture, vous avez dit tout à l’heure que c’était simple. Pas du tout. Je ne savais plus exactement comment est le bouchon. C’est ça qui m’intéresse. » Aussi faut-il regarder chacune de ces représentations comme une expérience entre mémoire et perception, savoir et oubli.

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Mais ce n’est pas la seule manière de les voir. Ces morceaux de la vie quotidienne ne sont pas anodins. Il suffit de les énumérer pour le vérifier : ils renvoient tous à la vie d’une femme. « Tout ce qui est là est lié à la fonction générale que la moitié de l’humanité donne à l’autre : la femme comme deuxième sexe, c’est-à-dire comme ménagère. Parce que ce sont les femmes qui font tout : les enfants, la lessive, la cuisine, la vaisselle. » Sa vie durant, Miriam Cahn a dénoncé et combattu ce supposé ordre « naturel » du monde qui soumet le féminin au masculin, dans l’art comme dans la société.(….)

« J’ai toujours eu l’impression que l’art, ce n’est que la moitié de la vie. J’aime évidemment Michel-Ange, Goya et les autres grands artistes. Mais il y a tant de sujets qui manquent, le monde vu par les femmes… La grossesse, l’accouchement. C’est pour ça que je dis la moitié. »(…)

Pour être bien comprise, elle donne deux exemples des confrontations qu’elle voudrait voir. L’un dans le passé : Meret Oppenheim (1913-1985) et Marcel Duchamp (1887-1968). « Le ready-made de Duchamp, très bonne idée. Mais quand Oppenheim prend un objet, une tasse à café, et le transforme en autre chose, c’est bien plus fort. Duchamp est surestimé, selon moi. » L’autre dans le présent : « Cahn – moi – et Kiefer.

https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/03/14/a-la-galerie-jocelyn-wolff-a-paris-l-artiste-miriam-cahn-ausculte-les-objets-du-quotidien-tout-sauf-anodins_6671180_3246.htmlhilippe Dagen 

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