“Les p’tits bateaux” aux Bains Douches par le collectif des Gibus

Les Gibus, en 2013, j’avais adoré. Voir pour mémoire sur le blog de Seinechronique ( www.seinechronique.fr ) mon texte « On est parti de rien »…En septembre, plusieurs comédiens de ce collectif ont dansé au Phare sur une chorégraphie de Christophe Ly. Et j’avais adoré aussi. Voir ma chronique « Faut-il garder les poupées en boîte ? »… C’est dire comme mon attente et mon plaisir étaient grands ce mardi en allant les revoir au théâtre des Bains-Douches pour leur nouveau spectacle : « Les p ‘tits bateaux ».
Ludovic Pacot-Grivel les a de nouveau accompagnés, et mis en scène cette année dans un registre a priori très différent ( quoique…) : un montage de textes signés Pierre Desproges et, intercalés, des morceaux choisis de cette émission sur France Inter, « les p’tits bateaux », justement, où des enfants posent des questions très sérieuses à des adultes qui tentent sérieusement de leur répondre…
La mise en scène est très sobre, une ligne de chaises, pour un face à face sans complaisance avec le public. Et la musique, qui ponctue chaque séquence.
Je me demandais bien comment ils allaient s’en sortir, de l’humour corrosif et provocateur de Desproges…Eh bien…ils s’en sont très bien tirés ! Et si eux ne riaient pas, toujours sérieux voire peu amènes avec nous, public sollicité, parfois interpellé, nous, nous avons bien ri. Des jeux de mots, des situations absurdes, des histoires surréalistes où les cintres nous veulent du mal, où un petit prince au regard doux se fait traiter de p’tit con par la blonde Vénus de Milo, où les portes, aussi, doivent être ouvertes…ou bleues.
Les comédiens s’amusent sans doute aussi beaucoup, mais leur sérieux ne faiblit pas et le contraste est forcément drôle. On sent entre eux, comme il y a deux ans, une grande cohésion, une forte solidarité, une attention aux autres sans faille, une concentration remarquable. Et s’ils sont pourtant, au bout du compte, « chacun tout seul »…c’est une belle leçon de savoir- vivre ensemble sur une scène qu’ils nous donnent, en nous offrant le meilleur d’eux-mêmes. Sans compter que les textes sont loin d’être simples à mémoriser, l’Ondine de Giraudoux sans quasiment respirer et sans s’emmêler les pinceaux, chapeau…
Une belle collaboration entre un metteur en scène, des soignants et des patients de Pierre Janet tous pareillement comédiens, pour un résultat de haute tenue où chacun semble avoir trouvé une juste place et des textes qui lui vont comme un gant.
Alors l’humour, oui, un registre qui va bien aux Gibus, du moins cet humour-là, décalé, anticonformiste, celui qu’on appelle noir, souvent, avec à l’horizon quelque chose de tendre et de désespéré. Oui, ça leur va bien.
Et quand ils se rapprochent de nous, quand ils se lèvent de leur chaise pour s’aligner au bord de la scène, dans une proximité forcément très grande car le théâtre est tout petit, c’est pour une de ces questions d’enfant auxquelles des adultes répondent, à la radio. Des adultes qui ont compris que les enfants posent toujours des questions sérieuses, qui touchent à l’essentiel : la vie, la mort, l’amour.. Et dans ces questions, qui sont celles que finalement tout le monde se pose, dans ces réponses aussi, j’ai retrouvé la belle humanité de mes Gibus de 2013.
Parce qu’on est tous d’accord n’est-ce pas : quand on dit je t’aime à quelqu’un et qu’il répond moi aussi, eh bien comme le dit un des comédiens, si touchant : C’est le paradis…On n’a besoin de rien de plus. Et chacun alors de nous tourner le dos pour un slow langoureux. Si chacun le danse seul, si chacun s’enlace le dos de ses propres mains, c’est peut-être triste, c’est peut-être lourd de solitude. Mais c’est peut-être aussi la beauté d’un rêve partagé, parce qu’on rêve tous, avouons-le, du grand amour réciproque.
Et si l’on rit à ce simulacre de slow, ultime clin d’œil à Desproges qui ne l’aurait pas renié, c’est parce que les Gibus le dansent très bien, avec humour, tendresse et une pointe de dérision. Il faut bien se consoler…

Bravo à eux ! Et au prochain rendez-vous…

Véronique Garrigou

Les p’tits bateaux par le collectif des Gibus, aux Bains Douches, mardi 19 mai 2015les-ptits-bateaux

       

A propos de l'auteur

Ajouter un commentaire

Rubrique des spectateurs

 
Eau et pluie – 10mn chronique, sur Ouest Track radio, dans Viva Culture, une émission de la MCH 
Active poetry, Ewa Partum, détail Vous rappelez-vous vos années de CE2 et ce petit schéma représentant le cycle de l’eau ? Personnellement, j’en ai gardé un
Vents et ouragans – 10mn chronique, sur Ouest Track radio, dans Viva Culture, une émission de la MCH
   Cette année, la 14eme Biennale de Lyon a pour titre : Mondes flottants . Elle y évoque, grâce à l’ensemble des artistes invités, une conception de
La mer et ses images
L’homme et la mer Homme libre, toujours tu chériras la mer !La mer est ton miroir ; tu contemples ton âmeDans le déroulement infini de sa
La vraie vie est au présent.
Gérard Mordillat et Odile Conseil ont déjà gagné leur pari : l’affluence des spectateurs à l’ouverture du Festival Ciné-salé, mercredi 18 octobre,  a permis au film
Claude Monet, collectionneur –  10mn chronique, sur Ouest Track radio, dans Viva Culture, une émission de la MCH.
  Claude Monet à Giverny Claude Monet a eu les honneurs du Havre, du 10 septembre au 8 octobre au MuMa. Comme si un trésor revenait sous
« Chambre noire », compagnie Plexus Polaire
Dans cette chambre noire Valérie Jean Solanas est en train de mourir sous nos yeux, allongée sur un lit très nu éclairé de néons roses.

La MCH sur Facebook

 
Nos bons plans
sur notre sélection de spectacles ...
Coups de coeur
Les événements à ne pas manquer...
J'adhère à la MCH
Téléchargez le bulletin d'adhésion ...
Créer un profil
pour soumettre mes événements ...