Comprendre le trauma : Cinéma du réel, 37ème édition, du 19 au 29 mars

C’est dans un contexte troublé que s’ouvre la trente-septième édition de Cinéma du réel, l’une des manifestations phares du documentaire en France (au Centre Pompidou à Paris, du 19 au 29 mars). Plus de mille réalisateurs, producteurs et responsables culturels viennent de signer une tribune imputant aux chaînes de télévision publiques une trahison à peu près totale de leur vocation à produire et à diffuser un documentaire dit « de création » (tout film qui ne se conforme pas aux critères simplistes de l’Audimat). On peut lire dans ce texte que, entre 2010 et 2012, « sur les 143 films documentaires français sélectionnés dans les trois plus grands festivals nationaux du genre, seuls trois ont été coproduits par France Télévisions ».

Ce triste constat rend plus remarquable encore le paradoxe d’un genre qui, en dépit de ces difficultés, paraît florissant…(…)

Sous le coup d’un début d’année marqué en France par l’onde de choc des attentats terroristes, le regard se sera porté « naturellement » vers les films évoquant des traumas collectifs. Et par extension vers les questions qui les soutiennent, les empêchent, les travaillent. Un trauma, avec le niveau de rupture et l’intensité de souffrance qui le définissent, cela se donne-t-il à voir ? à comprendre ? Cela se prête-t-il à la réflexion, à la justice, à l’empathie, à l’expiation, au pardon ? Cinq films, forts, posent ces questions.

Depuis le retour, de Giovanni Cioni. Voilà déjà quelque temps que le cinéma se confronte à la réalité de la disparition des survivants de la barbarie nazie. Giovanni Cioni filme littéralement cela, ce singulier paradoxe qu’est la disparition du survivant, son obscène réconciliation avec la mort programmée. (…) Lui répond, dans un style plus conceptuel, le remarquable court-métrage de l’Ukrainien Sergeï Loznitsa, The old Jewish Cemetery . On est ici dans l’après. Plus une parole, plus une victime, plus un signe, mais un lieu banal de la vieille Europe dévolu à la promenade bucolique en lisière de forêt. Nous sommes à Riga, en Lettonie.(…) Une jeunesse allemande, de Jean-Gabriel Périot, montage d’archives exceptionnel, dépourvu de commentaire, retrace l’émergence de la Fraction armée rouge en Allemagne. Périot donne à voir la violence à l’œuvre dans l’Histoire. (…) Deux autres films nous parlent d’aujourd’hui, des désastres qui nous frappent, à commencer par Nuclear nationII d’Atsushi Funahashi  et avec lui la catastrophe de Fukushima, survenue le 11 mars 2011. Après un premier volet signé en 2012 (Nuclear Nation), le réalisateur poursuit sur le long terme sa chronique de la vie des réfugiés de la ville de Futaba, qui ont dû quitter la zone contaminée depuis quatre ans.(…)

C’est peu dire qu’on a froid dans le dos, non moins qu’en découvrant, beaucoup plus près de chez nous, la réalité sur laquelle se détache un crime raciste. Souvenir de la Géhenne, de Thomas Jenkoe, prend pour point de départ l’assassinat d’un adolescent français d’origine maghrébine en 2002 à Grande-Synthe, dans la région Nord-Pas-de-Calais. (..)

Tous ces films, engagés sur des chemins stylistiquement variés, partagent la même qualité souveraine : considérer le trauma comme un point aveugle, le soustraire au pathos, tenter de le saisir à partir de ses traces, intéresser à toute force le présent à cette quête, embarquer le spectateur dans la fructueuse inquiétude qui en résulte.

Cinéma du réel. Centre Georges-Pompidou, Place Georges-Pompidou, Paris 4e. cinemadureel.org et blog.cinemadureel.org

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2015/03/19/cinema-du-reel-comment-montrer-les-traumas-actuels-ou-passes_4596451_3476.html#ShJbSpmJds0x68q5.99

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