Création artistique et auteurs-artistes / rapport Racine, un désastre ?

FRANCE CULTURE

Quel impact de la pandémie sur la création artistique et sur la vie des auteurs-artistes, sur le rapport Racine et ses suites? LA GRANDE TABLE en parle LE 27 AVRIL 2021, avec Pierre-Michel Menger, sociologue, professeur au Collège de France depuis 2013 où il occupe la chaire Sociologie du travail créateur.

Cette année, le sociologue Pierre-Michel Menger donne la deuxième partie de son cours au Collège de France : « Comment achever une œuvre ? Travail et processus de création ». Après avoir travaillé sur les notions de talent, la production du savoir ou encore la valeur du travail créateur, la notion d’achèvement de l’oeuvre sera au programme du colloque « Le travail des artistes – marchés, réputations, rémunérations » du 25 mai prochain, accessible sur le site du Collège de France. 

L’incertitude endogène d’un créateur est de ne pas savoir ce qu’est la fin de son travail. Au fond, le travail n’est stimulant que si l’on ne sait pas d’avance ce qui va arriver. Les artistes ont un contrôle relatif et alternent entre les deux états d’excitation et de refroidissement. Les manières de travailler sont très différentes, mais les incertitudes exogènes ont mis tout le monde dans la même situation : un arrêt pur et simple. (Pierre-Michel Menger) 

Alors que les intermittents du spectacle se mobilisent toujours, les artistes-auteurs sont de plus en plus mécontents de la gestion de la crise. Ces derniers, enthousiasmés l’an dernier lors de la publication de rapport Racine (préconisant notamment l’existence d’un statut professionnel particulier répondant à leurs spécificités), critiquent aujourd’hui son enterrement, puisqu’aucune mesure sociale n’a vraiment été prise depuis. 

Dire que les auteurs seraient assimilés à des salariés, ce serait les faire basculer du code de la propriété intellectuelle à celui du travail. Dans le salariat, il y a une relation de subordination. Les indépendants et les auteurs, eux, ne sont pas en relation de subordination, on ne peut pas prescrire le contenu de leur travail. (Pierre-Michel Menger)

Les artistes-auteurs sont de plus en plus précaires. C’était le constat du rapport Racine et cette tendance n’a fait que s’accroître à cause de la crise sanitaire. Profession majoritairement basée sur le risque et l’incertitude, ils n’ont par exemple pas accès au chômage. Lors du premier confinement, les aides de l’Etat ont été assez difficiles à débloquer pour eux. 

Une des questions que se pose la Ligue des auteurs professionnels est de savoir quelle est la chaîne de valeur dans l’écriture. Produire un livre est de moins en moins coûteux. C’est la production et la publicité qui ont un coût élevé. Les auteurs se disent que l’effort de l’éditeur va se concentrer sur ce qui est potentiellement un succès, et c’est là que peuvent se loger des différences de rémunérations entre les auteurs. (Pierre-Michel Menger)

La réforme du régime social reste cauchemardesque pour les artistes auteurs

Les dysfonctionnements du site Internet de l’Urssaf, qui remplace l’Agessa et la Maison des artistes, sont unanimement critiqués par les usagers. Seuls 125 000 d’entre eux ont réussi a ouvrir un compte, selon l’Urssaf Limousin

En vigueur depuis le 1er janvier 2020, le rattachement au régime général de l’Urssaf devait, en théorie, faciliter les choses pour 265 000 auteurs affiliés en 2019 à l’Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs (Agessa) et pour 62 000 plasticiens, illustrateurs, vidéastes et autres photographes adhérents de La Maison des artistes (MDA). Il n’en est rien, plus d’un an après cette transition confuse et désordonnée. Par Nicole Vulser dans le Monde du 1 mars 2021

TRIBUNE

« Nous sommes artistes-auteurs et autrices. Écrivains et écrivaines, illustrateurs et illustratrices, photographes, plasticiens et plasticiennes, scénaristes, compositeurs et compositrices, traducteurs et traductrices, sculpteurs et sculptrices, graphistes, designers, chorégraphes, et tant d’autres métiers. Créateurs et créatrices des œuvres diffusées, nous sommes le premier maillon du secteur de la culture, qui emploie 670 000 personnes et pèse pour 2,3 % du PIB français.

Fruit d’une vocation et du regard singulier que nous portons sur le monde, nos œuvres sont également le produit d’un travail conséquent, de compétences professionnelles et de savoir-faire. Or, ces métiers et savoir-faire sont aujourd’hui invisibilisés tant par les exploitants de nos œuvres que par l’État lui-même. En conséquence, des dizaines de milliers d’artistes-auteurs sont maintenus dans une précarité indigne d’une démocratie.

Depuis que le rapport de Bruno Racine intitulé L’Auteur et l’acte de création lui a été remis, le ministère de la Culture n’ignore plus rien de notre situation. Ce document de 140 pages dresse un constat dramatique sur nos conditions d’exercice, nos droits sociaux bafoués, la dégradation de nos rémunérations, notre faiblesse face aux exploitants des œuvres, la confusion qui règne dans les règles de représentativité.

De même, l’État est désormais en possession d’un diagnostic clair quant aux causes structurelles de notre invisibilisation. Si nous cotisons socialement comme les autres professionnels, si nous payons nos impôts comme les autres professionnels, la France ne nous reconnaît toujours pas comme des professionnels.

Nous sommes privés de droits fondamentaux :

• le droit d’accéder aux prestations sociales effectives pour lesquelles nous cotisons ;

• le droit à un dialogue social opérationnel et conforme à la Convention européenne des droits de l’homme ;

• le droit à des minimums de rémunération ;

• le droit à la reconnaissance de notre travail.

En se focalisant uniquement sur l’exploitation de nos œuvres, le droit d’auteur français ignore la phase de création, le travail et le savoir-faire nécessaires à l’élaboration d’une œuvre. Pourtant, l’acte de création est le cœur battant de notre activité. Derrière les œuvres que vous connaissez, il y a des créateurs et créatrices bien vivants.

Si bien sûr le droit d’auteur doit être défendu, nous affirmons aussi l’importance et l’urgence de reconnaître enfin les droits des créateurs et créatrices en activité. C’est en ce sens que le rapport Racine proposait la mise en œuvre de mesures salutaires, qui nous permettraient d’accéder à des droits élémentaires, au même titre que n’importe quel citoyen ou citoyenne.

Or, malgré les constats accablants, malgré les fortes mobilisations de l’ensemble de nos professions littéraires et artistiques, le gouvernement a enterré toutes les mesures qui auraient pu permettre de changer cette situation. L’État était mis au défi d’agir pour se saisir de son triple rôle de régulateur et garant des équilibres, de promoteur de l’excellence, de la diversité et de la prise de risque, tout en se montrant lui-même un acteur exemplaire. Il n’en a rien fait.

Dans un contexte de crise économique et sociale jamais vu pour nos professions déjà à genoux, tout espoir de réforme vertueuse a été balayé d’un revers de main.

Un an plus tard, nous n’oublions pas.

Nous n’oublions pas les 23 mesures du rapport Racine.

Nous mettons notre pays face à ses responsabilités : la France assume-t-elle de reléguer ses artistes-auteurs et autrices dans l’angle mort de sa politique culturelle ?

Comme le disait Bruno Racine lui-même, nous ne demandons pas la Lune. Nous demandons, à devoirs égaux, les mêmes droits que les autres professionnels de la culture ». Les univers du livre Actualités.

 

 
       

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