130 tirages originaux de Nicolas Bouvier entre 1955 et 1970.
« Nicolas Bouvier. Voyages au levant », Musée d’art contemporain, place Provence, Montélimar (Drôme). Jusqu’au 31 octobre.
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/08/27/au-musee-d-art-contemporain-de-montelimar-voyages-au-levant-revele-en-images-le-japon-de-nicolas-bouvier_6758009_3246.html
L’exposition se concentre sur les images que le pays du Soleil-Levant inspire à l’écrivain. Emaillée de ses interviews pour la télévision suisse, mais aussi de photographies de quelques-uns de ses pairs qui ont, eux aussi, traversé le Japon, comme Werner Bischof (1916-1954), William Klein (1926-2022) ou Henri Cartier-Bresson (1908-2004), elle retrace ses trois périples dans ce pays, en 1955-1956, en 1964-1966 puis en 1970. La photographie lui ouvre les portes de mondes fermés : avec elle, il chante la grâce paradoxale des sumos, les spectres de Nagasaki et de Hiroshima réveillés par les corps blanchis de la danse butô. Pendant des jours et des jours, il arpente les cités, de Kyoto à Sendai. Il se veut tout offert au « hasard de la ville », comme en témoigne une série saisissante et pourtant peu connue.
Un jour de 1956, Nicolas Bouvier découvre dans Tokyo un mur de béton délabré, sur lequel la pluie a dessiné comme un rideau de scène. Les passants défilent devant ce « mur-théâtre d’Arakicho », acteurs inconscients de saynètes que le photographe capte une à une. Un moine, des belles en kimono, des joueurs de base-ball : des êtres « transformés en caractères », décrit l’écrivain. Avec son épouse, Eliane, il retourne vivre au Japon de 1964 à 1965, pour un projet commandé par les Editions Rencontre. A pied, il parcourt des milliers de kilomètres, de l’île de Shikoku à Hokkaido, où il rencontre le peuple des Aïnous.
Expérience d’où naîtront ses ouvrages Japon (1967) et Chronique japonaise (1975). Là encore, il s’efforce d’exercer la photographie en « poète » plutôt qu’en « homme de métier ». Car, confiait-il dans une lettre à Thierry Vernet en 1956, « se promener dans un beau pays avec une excellente caméra, c’est bon, mais cela ne suffit pas (…). Les exigences de la photo sont exactement les mêmes que celles de l’écriture : il faut se mettre en état de vision, avoir confiance, être relié au sujet par une affection ou une haine profonde. »
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