Retour sur la Grande conversation du 11 avril 2015 au Tétris

Quelle drôle d’idée ce thème Le spectacle vivant et la nudité pour la 3ème édition de la Grande conversation de l’association MCH ! Le nu sur scène ? Malaise ? Moralisme ? Critère de programmation ? N’est-ce pas un non sujet ? Il faut dire que l’an dernier le Festival Whoopee! au Satellite Brindeau nous avait fait, avec justesse, découvrir l’intégration de la nudité dans des performances. Nous voulions en savoir davantage !

A la rescousse, notre équipe pilotée par Catherine Désormière, a invité Marcel Freydefont, scénographe, historien de l’art,  Roland Huesca, auteur de La danse des orifices, Daniele Gutman, professeur d’histoire de l’art, Gaèl L. et Annliz Bonin, performeurs, Jérôme Le Goff, metteur en scène, performeur, Eric Douchin, enseignant en philosophie et spécialiste de l’opéra…

En fait le diaporama introductif nous a rappelé que le nu relève d’une longue tradition dans les arts depuis l’antiquité, notamment en esthétique et en Occident… Aujourd’hui, la « beauté » perd de sa suprématie au profit de l’homme inventeur de lui-même.

Le sens de la nudité est déterminé par les contextes sociaux (nostalgie du « bon sauvage », naturisme, expressionnisme, peace and love, révolte contre l’aliénation, érotisme, arme politique), et par la formation du regard (voir, n’est-ce pas pré-voir ?).

Pour la danse, nous n’avions pas mesuré le traumatisme de l’apparition du sida : elle a alors perdu sa belle insouciance au cours des années 80. Question de génération, après Jérôme Bel, Olivier Dubois peut retrouver avec Tragédie, la danse comme une vraie dépense d’énergie, une « extase ».

Quel paradoxe que la confrontation entre le corps « réel » sur scène et l’idée de représentation ! Comme si la nudité était la transgression d’un tabou contre le jeunisme et le formatage des canons esthétiques …Ou une libération dans un univers qui commercialise les corps…L’irruption d’une vérité dans une société aseptisée…

Au fond, ce que l’artiste ayant travaillé sur l’image de soi, nous donne à voir, c’est la diversité des corps, des nudités, des vérités. Il questionne, plus qu’il ne répond. Il déconstruit.

Isabelle Royer

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