Ivo van Hove est au Théâtre national de l’Odéon avec La Ménagerie de verre de Tennessee Williams

LA TERRASSE

Aux côtés de Justine Bachelet, Cyril Guei et Antoine Reinartz, Isabelle Huppert interprète le rôle d’Amanda Wingfield, mère de famille abandonnée par son mari et hantée par l’âge d’or de sa jeunesse.

Qu’est-ce qui est au cœur de l’attirance que vous ressentez, depuis longtemps, pour La Ménagerie de verre ?

Ivo van Hove : Je crois que c’est le fait que ce texte de Tennessee Williams parle de personnages qui sont fragiles, vulnérables, qui n’ont pas vraiment de place dans la société au sein de laquelle ils vivent, qui se sentent, comme le dit au début de la pièce Tom, le fils poète, coupés du monde. La pauvreté qui les accable leur interdit toutes sortes de choses qui pourraient s’offrir à eux s’ils avaient de l’argent. Finalement, tous les personnages de La Ménagerie de verre sont malheureux. Pour eux, la vie s’apparente plutôt à une forme de survie.

Diriez-vous qu’ils sont dans le désespoir ? IvH : Oui, certainement. Et pourtant, ils ne sont pas résignés. Ils luttent pour un avenir meilleur, pour essayer de faire en sorte que leur existence puisse, un jour, devenir plus heureuse, plus belle.(…)

Qu’est-ce qui vous parait le plus étonnant dans cette pièce ?

IvH: Peut-être le fait que les choses négatives, difficiles, se vivent avec beaucoup d’amour. Tennessee Williams a dit de La Ménagerie de verre qu’il s’agissait de sa pièce la plus douce. Et effectivement, si on pense à Un Tramway nommé Désir, que j’ai mis en scène il y a longtemps, on voit bien que cette œuvre est traversée par une très grande violence. Alors que La Ménagerie de verre déploie un univers théâtral poétique, intimiste, presqu’impressionniste, un univers qui échappe à la dureté du pur réalisme.

Qu’est-ce qu’Isabelle Huppert peut, selon vous, apporter à La Ménagerie de verre et au rôle d’Amanda

IvH: Isabelle Huppert est une comédienne pour qui j’ai une grande admiration. J’aime vraiment tout chez elle. J’ai eu la chance de la rencontrer il y a quelques années et, depuis ce temps-là, nous rêvions de travailler ensemble. Quand mon projet de mettre en scène La Ménagerie de verre est né, j’ai immédiatement pensé à elle pour interpréter le rôle d’Amanda. Une actrice de son niveau peut donner beaucoup de force et de profondeur au monde poétique dont je viens de parler. Et puis, je crois qu’au-delà du désespoir qui traverse son rôle, Isabelle Huppert est capable d’apporter de la lumière et même de l’humour au personnage d’Amanda. Ces contrepoints sont, il me semble, susceptibles d’éclairer cette pièce de manière extrêmement intéressante.

 Quelles relations de travail aimez-vous instaurer avec les actrices et les acteurs que vous mettez en scène ?

IvH. : En fait, je n’ai pas vraiment de méthode. Ce que je peux dire, c’est que je travaille souvent avec eux en essayant de deviner leurs besoins, leurs envies… J’essaie de comprendre ce qu’ils attendent de moi, de percevoir de quelle façon ils souhaitent que je me comporte avec eux. Et je m’adapte. Ce qui revient finalement à construire une relation unique avec chaque interprète. Chacune de ces relations est le fruit d’une rencontre particulière. Avec un acteur je peux donner des indications très techniques, avec un autre je peux parler beaucoup de la pièce… Tout cela se détermine et s’invente au cas par cas.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat, 5 mai 21

 

 

       

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