RAPPORT MORAL JUIN 2025

Bonjour et bienvenue à toutes et tous,
Lors de notre AG de mars consacrée à notre budget, j’ai insisté sur la mauvaise situation financière de la culture dans son ensemble. Les subventions ont été baissées, parfois drastiquement. Les coûts sont élevés, pour un théâtre « en ordre de marche » : la scène doit être éclairée, la salle chauffée, l’équipement vérifié, le personnel payé et disponible avant même que le spectacle ne débute. Par conséquent la marge artistique se réduit, et ce n’est jamais bon signe.
Aujourd’hui, je voudrais me fonder sur notre sentiment d’impuissance et d’effroi devant les déchainements guerriers dans le monde, les dégâts liés aux crises écologiques, et le pouvoir du développement technologique.
Notre association de spectateurs s’inscrit dans ce contexte, modestement mais résolument : penser, imaginer, partager, c’est commencer à agir ! Trois verbes qui qualifient nos actions. Voici pourquoi.
Selon le philosophe Gérard Bras que j’ai interrogé le 8 décembre 2024, dans Viva Culture, pour son ouvrage Faire peuples, le peuple est défini par trois scènes : celle du pays, celle des élections, et celle des manifestations.
Sans la présence contestataire de celles-ci, il n’y a, à proprement parler, pas de politique, et pas de démocratie.
Cela signifie qu’en dehors des élections, nous ne sommes pas réduits à l’impuissance : la rue, le comité, l’association, la réunion, la salle de spectacle qui rassemble, sont des espaces et des temps politiques.
Notre association vient du désir d’expression de certains spectateurs, c’est-à-dire d’un projet de création collective (comme dans un théâtre) : en 2009, nous n’avons pas voulu démissionner. La création est un point de départ. Ce qui nous intéresse (voyez nos publications, nos émissions VivaCulture et nos Bistrots Culture) c’est, plus qu’une oeuvre ou un artiste en particulier, le geste créatif en lui-même.
Bien sûr, on rêve que les droits culturels suscitent un authentique engagement financier de la part des élus, nationalement et localement.

On souhaite que l’école soit un lieu de culture à part entière, que le rôle de l’enseignant soit valorisé et l’élève accompagné avec bienveillance.
On regrette l’époque où des animateurs spécialisés menaient un travail de médiation, où des relais comme les syndicats (la CGT), les partis (le PCF), les fédérations laïques, etc ouvraient les théâtres aux publics populaires.
Mais qu’est-ce que c’est que ce public populaire soi-disant présent dès la création du théâtre de service public après-guerre : n’est-ce pas un mythe ? N’est-ce pas fantasmer un peuple dont on méconnaitrait les différences, les catégories et les couches qui le composent ?
En outre, les médiateurs culturels guidaient les personnes dans leur compréhension des oeuvres : le rapport était plutôt vertical et l’expérience culturelle était de savoir appréhender des oeuvres d’art.
Nous travaillons à sortir d’une expérience culturelle théorique et verticale pour nous aventurer à notre manière dans un paysage culturel de notre choix. Nous accordons notre attention à toutes les relations qui se construisent entre les uns et les autres.
La Déclaration de Fribourg (1993) donne cette définition : « le terme “culture” recouvre les valeurs, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement ». Ce sont les droits culturels qui « autorisent chaque personne, seule ou en groupe, à développer ses capacités d’identification, de communication et de création ». La création n’est pas un geste purement artistique, c’est un mouvement interdisciplinaire.
Notre époque a vu naître beaucoup de lieux, publics, associatifs, éducatifs ou militants qui accueillent le spectacle vivant : des établissements scolaires, des tiers-lieux, des fêtes, des festivals, des forums…
Grâce à nos Bistrots culture, nous avons exploré ensemble nos expériences artistiques. Beaucoup de spectacles, d’expositions, de films, de rencontres, nous ont montré le monde dans lequel nous vivons. Certaines représentations nous ont offert des clés pour mieux le comprendre, des éléments de consolation, des raisons d’espérer ou de nous lever pleins d’énergie.
Rappelez-vous au Volcan, Qui som ? De la compagnie Baro d’evel lors de la parade finale :
Tu peux juste t’occuper de toi, de ton geste, et de ta vie. Et puisque les choses vont mal et puisqu’on a peur, faut bien le dire, on a très très peur ! Il va falloir en faire quelque chose, autre chose que du ressentiment qui vient nous faire mourir de l’intérieur. Autre chose.
Il a jamais été autant le temps de sublimer sa vie, de décider d’un geste. On peut décider d’y aller, d’être debout, d’être au-dessus, en avant, débloquer l’arrêt. De reprendre le dessus, de reprendre de l’élan.
On n’a jamais dit que ce serait simple, on n’a jamais dit que ce serait facile Et le courage est sans victoire. C’est pour ça qu’il en faut.
Ensemble, allez !(…)
Allez ! Quelque chose reste de ce qu’on ose
Vivement que notre regard se pose comme un danseur sur le chaos, qui se trompe, trébuche et se relève à nouveau. (…)
On fait société autour de ce qui nous rend beaux, de ce qui prend soin, de ce qui se tend la main, de ce qui soigne, De ce qui ouvre la porte, de ce qui laisse la place. On fait la place à l’autre(…)
Allez ! Venez !
Parce qu’il est temps de savoir ce qui compte.

Je vous remercie.
Isabelle Royer, présidente
(https://ouest-track.com/podcasts/viva-culture-217/viva-culture-08-decembre-2024-gerard-bras-11560 )

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