RAPPORT MORAL 2024-2025
Bonjour et bienvenue à vous, adhérents, anciens ou nouveaux.
La saison 2024-2025 a été inquiétante à divers égards et intéressante également.
Je ne m’étends pas sur le chaos et la violence du monde qui nous inquiète tous.
Notre époque est confrontée aux guerres, aux tentations totalitaires.
Mais aussi aux inégalités, à la puissance des pulsions, aux opinions éruptives, à la méfiance, aux fausses informations, à la séduction des intelligences artificielles, à l’appauvrissement de la pensée.
C’est pourquoi notre association « de spectateurs » revêt beaucoup d’importance.
Je voudrais vous faire comprendre pourquoi, en ce moment, notre existence et notre rôle sont justifiés, comme nous en avions eu, Eric Charnay et moi-même, l’intuition en 2010. Pour moi, par exemple, je note le plaisir de rencontrer des adhérents lors de spectacles, ou de travailler ensemble, car nous partageons les mêmes convictions.
Lesquelles ? Pour nous, la culture est un socle de la démocratie et de l’humanité.
Nous considérons que le monde des spectacles nous offre un merveilleux plateau de réflexion sur la société, ses inégalités, ses violences, ses souffrances, ses droits, ses transformations…
Nous sommes soucieux de la qualité des spectacles et de nos échanges, car nous connaissons l’enrichissement qui en résulte.
Deux phénomènes nous alarment :
Des attaques contre la liberté de création et de diffusion, et des dégradations d’oeuvres ou d’équipements culturels dans certaines régions de France. OEuvres d’individus, de groupes ou d’associations, souvent de l’extrême droite politique et religieuse. Certains parlent d’une censure croissante. Sachons que depuis la loi du 7 juillet 2016, que la commission Culture du Sénat vient d’évaluer, ce sont des délits punis d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.
D’autre part, le contexte national d’inflation et de réduction budgétaire nous interroge.
Différentes crises successives (financière, sanitaire, énergétique, démocratique…) affectent les collectivités territoriales.
Et selon l’Observatoire des politiques culturelles (2024), la mission Culture du budget de la nation accuse un coup de rabot de 10 %, nettement supérieur aux économies de 7 % en moyenne que Bercy a imposées à l’ensemble des ministères.
Ces coupes vont toucher directement l’emploi, la professionnalisation des jeunes compagnies et compromettre le plan « Mieux produire, mieux diffuser » de la DGCA (plan présenté par la Direction générale de la création artistique (DGCA) du ministère de la Culture au Conseil national des professions du spectacle (CNPS), en juin 2023).
Ce qui est plus effrayant, c’est que la politique culturelle peut devenir la dernière des priorités.
Par exemple quand des coupes drastiques sont opérées dans le budget de la culture, comme ce fut le cas, en décembre 2024, dans la région des Pays de Loire (73 % de baisse), et au conseil départemental de l’Hérault, en janvier 2025. Parfois ce sont des institutions précises qui sont ciblées, pour des motivations politiques, ainsi dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, où le spectacle vivant a vu ses subventions amputées. Seule la Bourgogne-Franche-Comté augmente ses crédits culturels de 10, 6 %.
Nous avons pu « nous mettre debout pour la culture ».
Et c’est dans ce contexte que notre action est précieuse, car nous sommes des spectateurs organisés et volontaires. Pour nous, le public ne se réduit pas à un enjeu technique et quantitatif.
Nous avons toujours la conviction, issue de l’histoire des politiques culturelles – le ministère des Affaires culturelles en 1959, a créé un service public de la culture – que la culture dite « de service public » répond à deux fonctions : favoriser la création de qualité, et la diffuser au sein de la société.
C’est pourquoi il nous est impossible de soutenir une politique culturelle centrée sur des folklores et des terroirs, sur une histoire française et régionale mythifiée, fêtes médiévales, gauloises, religieuses, stars du showbiz etc…
On voudrait nous faire croire que la culture doit être transformée, selon les mots de Olivier Mantei (Philharmonie de Paris) « afin qu’elle soit accessible, visible, compréhensible par tous, au risque de l’appauvrir ». Sans vouloir comprendre que les « gens » ne se contentent pas forcément de divertissements soi-disant populaires et que les outils existent pour appréhender les oeuvres !
Nos actions en sont inspirées : le soutien aux artistes et à la création, le partage et la fabrique du spectateur.
Chaque membre de notre Conseil d’administration vous donnera le bilan de nos activités.
Nous avons organisé avec succès une Grande conversation 2025 Femmes (in)visibles : le regard des femmes photographes, le 20 mars 2025 ; plus de 150 personnes se sont pressées à la bibliothèque Oscar Niemeyer pour découvrir, voir et entendre des femmes photographes de renom (pilotes : Isabelle Royer, Catherine Désormière). Cette rencontre a permis une sensibilisation des spectateurs aux inégalités de genres dans la photographie.
Nous proposons des Bons plans, chaque année au Volcan, régulièrement au théâtre du Soleil (Ici sont les dragons) (Cartoucherie de Vincennes) et en janvier pour la première fois avec Résonances (duel d’improvisation au piano de Pascal Amoyel et Dimitris Saroglou). Ce sont des places des places à tarif réduit réservées à nos adhérents (pilotes : Eric Charnay, Isabelle Royer).
Nous avons en 2020 lancé une opération Musique pour tous en direction des personnes en situation de handicap, des publics empêchés à l’hôpital ou en EHPAD (Eric Charnay, Véronique Daumont, aidés de Christine Willemin).
Nous envoyons régulièrement des infolettres à nos adhérents, dont nous mettons en valeur éventuellement les talents, publions des actualités sur notre site, notre page Facebook, notre compte Instagram. (Catherine Désormière, Eric Charnay, Isabelle Royer)
Nous poursuivons avec sérieux nos partages culturels : nos Bistrots culture mensuels (Sabine Grandguillot) pour partager nos expériences de sorties culturelles, notre émission culturelle hebdomadaire Viva Culture sur Ouest-track radio (Didier Guilliomet) et un semestriel, permettant de valoriser des thèmes, des acteurs ou des lieux culturels (Catherine Désormière).
Notre communication est aussi fondée sur notre présence au forum des associations, et au forum de l’Economie sociale et solidaire de l’IUT (Damien Charron, Didier Guilliomet, Isabelle Royer)
Nous sommes également actifs auprès des acteurs culturels, par exemple
grâce à notre présence statutaire au conseil d’administration du Volcan (Isabelle Royer mandatée pour faire entendre la voix des adhérents faisant partie des publics). Et à notre adhésion à des associations cinéphiles (Eric Charnay, Isabelle Royer) dans la continuité de notre attachement au cinéma de la MCH.
En fait, face aux destructeurs de toutes sortes, nous revendiquons notre volonté de compréhension et d’émotion artistique, notre besoin d’art, de savoir et de culture, besoin partagé par d’autres spectateurs.
C’est pourquoi notre association de spectateurs est nécessaire, elle s’affirme auprès des artistes et de ceux qui les soutiennent comme une « force ».
Isabelle Royer, présidente.
