11 EME GRANDE CONVERSATION : une réflexion à suivre…#1

Le zombie est une figure fictionnelle. En quoi peut-elle être politisée ?

Clémentine Hougue

Il faut retourner à ses racines : le zombie vient du vaudou haïtien. C’est une figure plus qu’un personnage, puisque c’est une entité sans psychologie. Le vaudou haïtien a joué un rôle dans l’indépendance de l’île, c’était la religion des esclaves. Le zombie rejoue alors le symbole de l’oppression, de l’esclavage, il devient le dominé : c’est politique dès le début. Il s’est surtout politisé avec George A. Romero (réalisateur de La Nuit des morts-vivants, NDLR) qui s’inscrivait dans de grands mouvements sociaux et une critique de l’impérialisme américain. Il y a toujours eu cette question de domination : voyez avec White Zombie, le premier film zombie, de Victor Halperin (1932) et Vaudou, de Jacques Tourneur (1943). C’était dans les années 30, un écho à la crise ouvrière de 1929. Maintenant, c’est plus complexe : le zombie cristallise les angoisses post-11 Septembre.

https://www.tmvtours.fr/detail-article/article%252Fclementine-hougue-le-zombie-sest-politise

Zombies contemporains : un laboratoire du politique –

Si la dimension politique du zombie chez George Romero a été maintes fois commentée (voir à ce sujet Politique des zombies : l’Amérique selon George A. Romero, sous la direction de Jean-Baptiste Thoret, 2007), il apparaît que, depuis une dizaine d’années, la figure du mort-vivant tend à se dépolitiser. C’est le cas dans de nombreuses productions hollywoodiennes mainstream (comme les comédies Fido ou Zombieland).

Pourtant, ce personnage hybride, en faisant table rase de toute civilisation, permet encore de transformer la science-fiction en véritable laboratoire du politique, en espace d’expérimentation des rapports de
pouvoir. C’est particulièrement le cas dans la série télévisée The Walking Dead et le roman World War Z de Max Brooks. En effet, ces deux œuvres modélisent l’organisation de la cité après la fin du monde et, ce faisant, interrogent profondément les valeurs et les limites des systèmes politiques actuels. The Walking Dead et World War Z ont, en outre, en commun de mettre en place de nombreux effets de réel qui accentuent la proximité du monde fictionnel et de la réalité. Cette confusion réalité/fiction, en s’assurant de l’adhésion du lecteur-spectateur, rend alors l’observation du politique particulièrement acerbe. En effet, face à l’aberration qu’incarne le mort-vivant, toute idéologie révèle non seulement ses limites, mais aussi ses aspects les plus inhumains, déportant la monstruosité du zombie vers l’homme.

Clémentine Hougue, docteure en Littérature comparée, enseigne la communication à l’IUT du Mans (Université du Maine).
Ses recherches portent sur les liens entre arts, littérature et politique, notamment dans les procédures de collage littéraire, ainsi que sur les espaces-limites entre réel et fiction. Auteur de Le cut-up de William Burroughs. Histoire d’une révolution du langage (Presses du réel, 2014), elle a publié plusieurs articles sur le collage, les avant-gardes, la contre- culture, ainsi que « En-deçà de l’au-delà : le zombie aux limites de la fiction » (Trans-, n°17, 2014).

       

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