Sophie Taeuber-Arp, pionnière de l’abstraction

Sophie Taeuber-Arp (1899/1943) a eu beaucoup de mal à se faire reconnaître, comme artiste femme d’abord, mais aussi parce qu’elle a choisi d’accoler à son nom celui de son mari, qui n’a cessé de lui faire de l’ombre. Une problématique thématisée dans cette première grande rétrospective qui lui est consacrée et qu’ont préparée conjointement le Kunstmuseum de Bâle, la Tate Modern et le MoMA. Elle est visible à Bâle jusqu’au 20 juin, le sera à Londres du 13 juillet au 17 octobre et à New York du 21 novembre 2021 au 12 mars 2022.

En effet, l’exposition la plus importante à laquelle Sophie Taeuber-Arp ait participé de son vivant, ce fut celle organisée par Georg Schmidt, le futur directeur du Kunstmuseum, à la Kunsthalle de Bâle, en 1937, sous le titre Constructivistes. (…) Les Constructivistes réunis par Georg Schmidt étaient tous des artistes dégénérés aux yeux des national-socialistes. À Bâle, ils étaient appelés à témoigner d’une liberté d’expression qui avait disparu de la plupart des pays européens. Leurs œuvres, disait Schmidt, apportaient une lueur d’utopie dans un monde de plus en plus sombre. Sophie Taeuber-Arp était présente avec vingt-quatre de ses œuvres, davantage qu’El Lissitzky, László Moholy-Nagy, Theo van Doesburg, Piet Mondrian ou Naum Gabo. Mais alors que l’événement a suscité quantité d’articles et qu’il est connu à travers de nombreux clichés, il n’existe qu’une seule photo attestant la présence de Sophie Taeuber-Arp. On y aperçoit, dans le fond et à moitié caché, Bewegtes Kreisbild (Cercles mouvementés), une œuvre de 1934 qu’allait acquérir la collectionneuse bâloise Marguerite Hagenbach .(…)

Zurich, on le sait, était devenu durant la Première Guerre un refuge pour des intellectuels et des artistes de tous les pays européens. (…) Poèmes bruitistes, sculptures minimalistes, dessins réduits au jeu des formes et des couleurs, danses derrière des masques : toutes ces recherches visent à réduire le langage artistique à l’essentiel, qui reste introuvable, mais dont on soupçonne la présence. D’où l’intérêt pour les rapports entre mythe et magie, entre psychologie individuelle et inconscient collectif. C’est l’époque où de nombreux artistes fréquentent le cercle de C. G. Jung. Une des créations les plus originales de cette période est sans doute la pièce pour des marionnettes faites de cubes, de quilles et de boules, Le Roi Cerf, d’après un conte de Carlo Gozzi. Elle se présente comme la synthèse des recherches d’alors, combinant formes, couleurs, matériaux, sonorités, rigueur et fantaisie.

(…) Contre le Surréalisme, qui dans les années trente a le vent en poupe, Sophie Taeuber-Arp maintient l’héritage du Bauhaus et participe aux mouvement prônant l’abstraction, comme « Cercle et Carré », puis « Abstraction-Création ». Elle encourage également les échanges transatlantiques en participant à des revues comme Plastique/Plastic.(…)

L'artiste suisse Sophie Taeuber-Arp mise à l'honneur par Google | Les Echos

Si ses œuvres ne sont jamais tombées dans l’oubli, elles ont le plus souvent été présentées conjointement avec celles de son mari. À de notables exceptions près, en 1964, au musée national d’Art moderne de Paris, en 1977, au musée d’Art moderne de Strasbourg, en 1989, au musée d’Art moderne de la ville de Paris. Cette nouvelle présentation lui assurera définitivement la place qui est la sienne, celle d’une grande pionnière de l’abstraction.

       

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