YOLAND SIMON : Discours de ma méthode

Discours de ma méthode

On sait comme les diverses circonstances historiques colorent différemment les diverses idéologies et, en modifiant leur perception, sinon leurs contenus, modifient également leur traditionnelles oppositions, les annulent ou les dépassent dans un schéma très dialectique.

J’ai, dans mon étude sur les conflits idéologiques dans La Demande d’Emploi de Michel Vinaver comparé ce phénomène avec celui de la neutralisation des oppositions  en phonologie.  Ainsi des oppositions de phonèmes particulièrement pertinentes dans le système phonologique du français comme la distinction P/B ou G/K disparaît dans certaines configurations. Il est, par exemple, impossible de distinguer le P du B dans le mot absent ou le G du K dans exact. Je pourrai analyser de cette façon diverses oppositions qui aliment de farouches débats dans les disciplines variées où se déploient.

Prenons, par exemple, l’opposition entre souverainisme et internationalisme qui fait florès aujourd’hui. On pourrait attribuer à cette notion de souverainisme les connotations positives liées à la défense de la nation ou même de collectivités plus restreintes. Ce qui entraîne la liberté de décision dans tous les aspects qui impliquent ses modes d’existence, voire sa survie. Dans un contexte d’ouverture des frontières et de développement du libre échange, on voit surtout ce concept dériver vers un protectionnisme frileux et, dans ses aspects plus sociaux, vers des réflexes communautaires, teintés de xénophobie voire de racisme. De son côté, l’internationalisme fut longtemps revendiqué par le mouvement ouvrier et investi par des appels à une fraternité entre les peuples et à une lutte contre les guerres qui décimaient ceux-ci. Le nationalisme, c’est la guerre, déclarait Mitterrand, devant le parlement européen. Mais, aujourd’hui, c’est l’aspect économique qui a largement supplanté cette quête humanitaire.

Ainsi, revendiquant un long héritage historique, certains courants plutôt droitiers vont parer le souverainisme de tous les attributs glorieux du patriotisme. A l’inverse, des économistes libéraux vont encenser cette forme d’internationalisme et son corollaire la mondialisation comme une forme d’ouverture des esprits et des marchés dont on peut mesurer tous les bienfaits.

Et mon histoire de neutralisation, là-dedans. Hé bien elle pourrait venir d’un nouvel élément contextuel : celui de la lutte contre les changements climatiques.

Dans ce cadre, le libre échange sans limites, loin de servir une utopie internationaliste, serait destructeur de notre environnement global. Cependant, certaines affirmations souverainistes pourraient profiter de ce ressourcement positif pour juger aussi pernicieuse la libre circulation des personnes que celle des marchandises. Et même ceci pourrait conduire à annuler les bienfaits de cette mondialisation dite heureuse, notamment pour les pays en voie de développement, comme on disait naguère. (Ce dont, d’ailleurs, certains courants traditionnels, venus cette fois d’une certaine droite se moquaient comme de colin-tampon. Plutôt la Corrèze que le Zambèze, selon le mot faussement attribué à Raymond Quartier). Il faudrait donc, en annulant l’opposition évoquée se livrer à un travail de conceptualisation aboutissant à un nouveau paradigme.

 C’est d’ailleurs ce que, dans une autre perspective, font les partisans d’un nouvel humanisme. En prônant un dépassement, d’une part d’un progressisme aveugle qui, dans sa volonté de dominer la nature, a souvent dérivé en un monstrueux prométhéisme, d’autre part d’une exaltation de cette nature empreinte d’une spiritualité fumeuse soumettant l’homme à des impératifs aliénants. Il s’agirait ici d’aboutir à la neutralisation de cette opposition par le double souci de respecter l’homme comme de satisfaire ses légitimes aspirations qui irait de pair avec une harmonieuse insertion dans son environnement naturel et une attention aux lois qui le régissent.

Certes, on pourra juger que mon approche est trop rationaliste, trop exclusivement binaire et inspirée par un structuralisme dont on ne parle plus guère aujourd’hui. Et, sans doute, les passions des hommes, leurs peurs ou leurs préventions ne seront pas aussi facilement éliminées par une froide opération de nature sémantique. Mais on se souvient du propos de Camus : « Mal nommer les choses, c’est contribuer au malheur du monde. » Je ne veux donc pas, à mon tour, me contredire en marquant des préférences politiques, sociales et idéologiques. Ceci irait à l’encontre d’une méthode que je viens d’exposer. Qui tente de traiter les problèmes, mais sans les dissoudre dans une hypocrite neutralité mais en les recontextualisant.

 

       

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