Vous avez dit “chansons françaises” ?

L’intention du législateur est de favoriser l’exposition de nouveaux talents francophones

Joël Morio examine pour le journal Le Monde le projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine, notamment pour la musique.

“La polémique va-t-elle repartir de plus belle  ? Mardi 1er mars, le Sénat a adopté le projet de loi.  Ce texte, (…)comprend une disposition qui renforce les contraintes en matière de quota de chansons françaises diffusées sur les radios.

L’intention du législateur est de favoriser l’exposition de nouveaux talents francophones à travers un amendement qui a été introduit les 16 et 17 septembre 2015 lors de la discussion du projet de loi à l’Assemblée nationale. Il s’agit de lutter contre «  l’extrême concentration des titres diffusés  ».

Le texte, voté au Palais-Bourbon le 30 septembre, a provoqué l’ire des radios privées. Elles ont souligné que cette disposition serait très difficile à appliquer, car la production de chansons françaises a «considérablement diminué  ». Surtout, dans certains genres musicaux, son niveau ne permettrait pas aux radios de diffuser autant de titres récents qu’elles le souhaiteraient.
(…) La croyance partagée par beaucoup veut que ces stations ne jouent pas le jeu de la nouveauté et matraquent l’auditeur des mêmes titres, mais la situation est plus complexe.
En apparence, les programmateurs travaillent, chaque mois, avec un nombre restreint de chansons, jusqu’à 600 pour des réseaux comme RFM ou RTL2. Un niveau qui peut paraître faible au regard de la production musicale (au premier trimestre 2014, près de 450 nouveautés francophones avaient été envoyées aux stations), mais qui est, en réalité, élevé dans le contexte actuel.
« Quand les gens se branchent sur NRJ, ils veulent une dose de hits. » Morgan Serrano, patron de NRJ
La consommation du média radio limite les effets du matraquage supposé des auditeurs. « Les gens nous écoutent une heure par jour, la probabilité de tomber plusieurs fois sur le même titre est assez faible  », pointe Tristan Jurgensen, directeur de Fun Radio et de RTL2. «  Ces radios ont la vocation de faire du trafic. Elles sont là pour vous accrocher à tout moment de la journée  », dit-il.(…)

Il y a une règle en radio  : l’auditeur aime ce qu’il connaît. Et le Gaulois serait particulièrement rétif au changement. (…) «  Plutôt que de programmer un titre que les gens veulent écouter, on diffusera une nouveauté. Or, il faut un mois et demi de passage pour qu’un titre émerge. On ne parviendra pas à les soutenir si l’on doit appliquer la réglementation en cours d’examen au Parlement. On devra les mettre de côté  », plaide Morgan Serrano. Reste qu’il n’est pas facile d’imposer des titres sur la première station musicale de France  : «  Je suis un ayatollah  », s’amuse celui qui fut jury dans le télécrochet « Rising Star  » , les maisons de disques viennent nous voir toutes les semaines avec une demi-douzaine de titres. Si au bout de quarante secondes, ça ne me plaît pas, je suis comme les auditeurs, je zappe.  »
« Le boulot d’une radio, c’est de présenter des nouveautés et d’être en phase avec la scène musicale actuelle. » Jean-Patrick Laurent, directeur de la musique à Oüi FM.
Contrairement à une idée reçue, l’humain compte encore en matière de choix. Certes, depuis presque trente ans, toutes les grandes radios utilisent Selector, un logiciel qui génère des playlists. Il permet au programmateur de respecter certaines « règles  »  : ne pas diffuser deux chansons du même artiste dans un laps de temps trop court, intercaler titres français et variété internationale, éviter de jouer à la suite des morceaux trop lents ou trop rapides, mélanger interprètes féminins et masculins… Ces interdits sont paramétrables pour chaque station, en fonction de son format.
(…) «  Je pense qu’on a une responsabilité culturelle, c’est plus risqué pour notre audience, mais nous n’hésitons pas à soutenir des artistes peu connus du grand public comme Navii, Stephanie Hardy, Marina d’Amico ou à pousser nos coups de cœur  », affirme Thomas Pawlowski, le patron de RFM. «  Le boulot d’une radio, c’est de présenter des nouveautés et d’être en phase avec la scène musicale actuelle, mais on peut aussi prendre des risques en diffusant des “gold” qui sont passés d’âge  », juge Jean-Patrick Laurent, directeur de la musique chez Oüi FM.
(…). Si l’on attend qu’on nous livre les choses, on aura toujours un temps de retard  », raconte Mickaël Bois, programmateur musical de Virgin Radio.
Reste les fameux tests que les radios pratiquent. Chaque station y a recours, mais de façon différente  : en ligne, par téléphone ou en réunissant quelques personnes autour d’un buffet. (…)
L’humain, toujours l’humain. Les radios veulent conserver le rôle prescripteur et souligner leur différence par rapport au site de streaming, où la musique est sélectionnée en fonction d’algorithmes. « La radio reste le principal moyen de découvrir la musique  », se félicite Mickaël Bois. En octobre 2015, une enquête de Médiamétrie montrait que 34 % des personnes interrogées découvraient un titre grâce à la radio, les clips comptant pour 18 % et le bouche-à-oreille pour 10 %. On ne connaît pas le chiffre pour les plates-formes musicales. Pour le moment, il n’entre pas dans le top 3.”

Joël Morio
Journaliste au Monde

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2016/03/04/tout-pour-la-musique_4876925_1655027.html#i77WoiEK2V8tM9ui.99

et pour suivre l’évolution du débat parlementaire

L’Assemblée nationale a voté, dans la nuit de lundi à mardi, le dispositif, désormais assoupli, sur les quotas de diffusion des chansons francophones à la radio, avec de nouvelles retouches en deuxième lecture du projet de loi sur la liberté de création. La mesure, introduite en première lecture à la suite d’un amendement PS, pour éviter que les mêmes tubes ne tournent en boucle sur les ondes, est maintenue. Elle prévoit que si plus de la moitié des diffusions de chansons francophones est concentrée sur dix titres, les diffusions supplémentaires de ces titres ne seront pas prises en compte dans les quotas imposés. La disposition avait suscité le mécontentement des radios privées qui l’avaient jugée «liberticide». Ce malus interviendra aussi si les diffusions n’interviennent pas à des heures d’écoute significative, en vertu d’un amendement d’Hervé Féron (PS) adopté dans la nuit. A ce mécanisme dissuasif, le gouvernement a fait ajouter un système incitatif, lors de la deuxième lecture en commission, pour autoriser le CSA à abaisser de 5% les quotas de diffusion des chansons francophones à la radio «pour celles qui prennent des engagements en matière de diversité musicale». Le CSA définira ces contreparties, «après consultation publique et après avis du comité d’orientation de l’observatoire de l’économie de la musique rattaché au CNV», précise un amendement adopté dans l’hémicycle. Est aussi prévu, sur initiative du gouvernement en commission, un «quota allégé» fixé à 15% «de nouvelles productions francophones ou de nouveaux talents francophones» pour les radios spécialisées dans la découverte musicale. Après avoir souligné que les quotas constituaient un «dispositif essentiel pour l’exception culturelle» française, la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, a décrit la situation existante comme «hypocrite et inacceptable», avec certaines radios ne respectant pas les quotas, sans être sanctionnées, et d’autres les respectant mais en diffusant les mêmes titres en boucle. Sur certaines radios, à l’heure actuelle, 10 titres francophones peuvent représenter jusqu’à 75% des diffusions francophones mensuelles. Elle a invité à avoir «une vision globale» du dispositif dans le projet de loi, combinant «un bonus» à «un malus». Le rapporteur, Patrick Bloche (PS), a aussi défendu un «bon équilibre pour respecter à la fois les quotas radios et prendre en compte les spécificité d’un certain nombre de radios», citant l’exemple de Radio Nova. Mais la députée LR Annie Genevard s’est inquiétée, avec la baisse de 5% des quotas pour certaines radios, de l’«ouverture dangereuse d’une boîte de Pandore», alors que «les quotas ont permis de protéger et donner corps à l’exception culturelle française».

Radio/ quotas de diffusion des chansons francophones : les députés votent l’assouplissement

       

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