Vents et ouragans – 10mn chronique, sur Ouest Track radio, dans Viva Culture, une émission de la MCH

mondes flottants

 

 Cette année, la 14eme Biennale de Lyon a pour titre : Mondes flottants . Elle y évoque, grâce à l’ensemble des artistes invités, une conception de nos univers imaginaires où l’espace est constamment traversé par ce qui fait notre quotidien : l’éphémère, le provisoire, l’aléatoire. Atmosphère instable en recomposition incessante, en création permanente. Alors comment s’étonner que plusieurs artistes mettent le vent en scène dans leurs videos et leurs installations ?

Le vent n’est pas qu’un élément destructeur et perturbateur. Ouragans, cyclones, typhons… Son milieu est l’espace, là où se déplacer sans contrainte, évoluer, respirer. Sans lui pas de voiles, pas de voiliers, pas de souffle par-dessus la mer. Il est un symbole de la mobilité, de la liberté.

C’est avec des cerfs-volants que l’artiste japonais Shimabuku crée des moments poétiques, tels ces petits poissons délicats flottant dans le ciel comme surgis de la mer, ou bien, ces visions loufoques de vaches de papier qui planent au gré de la brise ? … Monde sens dessus dessous où l’air se substitue à la terre  ( Let’s make cows fly ).

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 Une video, datant de 1928, de Hans Richter, représente en noir et blanc, des hommes dont les chapeaux s’envolent comme des avions en formation, tournoient avec d’autres objets, des horloges, une cravate, une porte… Et reviennent à leur place, après ce moment de liberté. (Ghosts before breakfast ).

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Laurie Anderson expose une boîte en bois, dont le couvercle scellé est en verre ( Windbook ). A l’intérieur, elle y a déposé son propre journal intime. Une ventilation en fait tourner les pages, selon un souffle aléatoire, tantôt vers la droite, tantôt à gauche. Le lecteur peut saisir quelques mots mais jamais l’intégralité du texte. Il ne peut en appréhender que quelques bribes. De la même manière que les individus ne se livrent jamais totalement, selon une humeur fluctuante.

anderson

 

Fernando Ortega a filmé une flûtiste dans un espace qui ressemble à la sortie d’un parking souterrain dénudé. La jeune fille installe pupitre et partition et commence à jouer le requiem de Kazuo Fukushima. Or cet espace est celui de la soufflerie Jules Verne à Nantes, qui sert à étudier les effets du vent, conjugués aux variations climatiques. Brusquement, souffle un vent puissant. Les partitions s’envolent, le pupitre tombe, la musicienne s’interrompt de jouer mais ne bouge pas jusqu’à l’accalmie où posément, elle ramasse ce qui est éparpillé à ses pieds. 

ortega

 

Pour ses œuvres, Hans Haacke utilise l’eau et l’air. C’est pourquoi on ne peut pas les appeler sculptures, même si elles apparaissent en volume, mais comme l’artiste les nomment, ce sont des « systèmes ». On peut dire que ce sont des objets apparemment immatériels et mouvants. En 1968, il utilise les canalisations du chauffage émergeant sur le toit de son atelier pour diffuser des nuages de vapeur :  Water in wind . Pour cette Biennale, une immense pièce de soie blanche est posée au sol et fixée sur un côté du mur ( Wide white flow ). Quatre ventilateurs placés sous le tissu, créent un mouvement d’air qui permet à la soie de rester en suspension et la fait onduler comme un lac agité par des remous. Ici, le vent est absent mais il est suggéré par une illusion qui, si on la regarde assez longtemps, entraîne une sorte de contemplation.

Haacke

 

C’est au XXe siècle que l’usage du vent est apparu dans l’art. Le vent est l’outil impalpable de ces sculptures particulières. Les œuvres s’animent, se déploient dans l’espace. L’artiste ne recherche pas la maîtrise de la forme, il s’en remet au hasard produit par une force qui n’est pas humaine. C’est un art du mouvement. C’est Calder en créant ses mobiles qui, dans les premiers, s’en est remis au hasard des mouvements de l’air. Ce n’est plus l’œil du regardeur qui se déplace, comme sur un tableau, mais l’œuvre qui s’anime. Calder, dont un de ses mobiles est visible à la Biennale de Lyon, considérait le vent comme l’expression de la vie.

Le lien:  14eme Biennale de Lyon

Vases communicants MCH/Ouest Track Radio :
 réécoutez 10 mn Chronique ! en podcast dans l’émission Viva Culture ! du  29 octobre, sur #Ouest Track Radio (95.9) – Extraits musicaux : Le vent, Georges Brassens ; La femme du vent, Anne Sylvestre ; Bande originale d’Autant en emporte le vent, Max Steiner ; Requiem pour flûte solo de Kazuo Fukushima ; Bande annonce de Le vent se lève, Joe Hisaishi. —- Extraits littéraires : Lancelot, roman de Walker Percy.

 

 

       

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