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Une rencontre

Une chambre en attendant

Son fils est parti « faire le djihad ». Il a 20 ans. Depuis, son père dit qu’il est parti en voyage. Dans une chambre d’hôtel à la frontière turco-syrienne, il attend, son fils l’a appelé pour rentrer. Il est venu et il tourne en rond.                                                       

Comment représenter un drame personnel si aigu, en prise avec une actualité si brûlante ?  Gilles Granouillet se situe du côté de l’humain. On voit une chambre avec tapis, lit, oreillers, table, télévision…La fenêtre donne sur des immeubles et un minaret. Ce plateau réaliste est noyé dans les images d’un incendie rouge et un univers musical évocateur : irruption de la violence de l’Histoire dans un espace familier.

Monsieur Blachon, interprété par François Font, est seul, il ne sort pas, il pense, tout lui est incompréhensible, ce pays où il est terrorisé, comme son passé où sont enfouies peut-être les raisons de son malheur. J’examine notre vie comme un poisson froid…Je ne trouve rien. Une famille normale avec un peu de sous et des vacances chaque année…Je ne vois que du normal à perte de vue.  Cet homme ordinaire va être obligé de relire sa vie à une autre lumière : son couple, sa paternité, qu’est-ce qui est « normal » ?

La femme de ménage de l’hôtel francophone range, nettoie la salle de bain, change les serviettes. Claudine Van Bedenen joue Ecer. Sa  visite ponctue chaque journée ; elle n’est pas affable, leurs rapports sont au départ réduits au strict minimum, plutôt agressifs. On est dans un huis clos rythmé par les changements de lumière des jours et des nuits.

Le marchand de tracteur de l’Yonne, bouleversé, semble aveugle et sourd au monde alentour et aux sentiments, obsédé par ce fils qu’il ne reconnaît plus. Il fait des cauchemars. Ecer regarde ce client maladroit et touchant, et lui parle sans complaisance. « Tous les fils sont gentils, même ceux qui lapident des femmes, leur papa les trouve toujours un peu gentil.. » Grâce aux regards et à ces paroles authentiques échangées, ces aveux, jour après jour, leur relation devient plus personnelle. Monsieur Blachon évolue.

Quand le fils arrive, il n’est pas le fils prodigue enfin retrouvé. « Je ne t’aime plus » avoue le père et cette sincérité nous glace. Au fond, dans les rapports familiaux aussi, l’amour est fragile. Il ne résiste peut-être pas à la barbarie des « têtes coupées ».             

Cependant on ne change pas de vie comme ça. Monsieur Blachon l’apprend à ses dépens : la proximité créée par les dix jours d’hôtel aux côtés d’Ecer est trompeuse. Kurde et universitaire, elle a rejoint les rangs des combattants contre Daesh.

Finalement l’Histoire est faite d’hommes et de femmes. Leur expérience personnelle peut être celle d’un aveuglement ; quand leurs yeux se décillent, il est parfois trop tard.

Isabelle Royer

 

 

       

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