Un scandale et une tirelire mécanique

 

 

Dans les magasins de souvenirs, dans les boutiques de gadgets, selon les époques, selon les pays, les continents, on trouve des objets qui représentent un personnage soit historique, soit mythique, ou tout simplement une figure tout droit sortie d’un dessin animé, d’une BD, d’une série.

Parmi eux, et en remontant dans le temps, il en est un qui n’est ni en plastique, ni en caoutchouc ou en plâtre, mais en fonte. Quatorze centimètres de hauteur, huit de largeur.  Il représente un homme assis dans un fauteuil. Buste massif, bedonnant, gilet noir, pantalon gris, veste rouge, nœud papillon. Sa tête a cette particularité d’être mobile. Il y a une fente le long du bras droit qui est replié contre la poitrine, le bras gauche également est mobile et si vous placez une pièce de monnaie au creux de sa main, ce bras  s’abaisse et la pièce tombe dans la fente du bras gauche. Puis, grâce à un mécanisme intérieur simple, la tête s’incline. Vous l’avez compris, il s’agit d’une tirelire. Elle est datée, c’est inscrit sur la base du fauteuil  : juin 1875.

Cette tirelire a un rapport avec l’histoire de William Tweed.

Au tout début des années 1850, William Tweed est pompier volontaire à New York et de son métier : comptable. En 1851, il est élu conseiller municipal, puis rapidement il obtient un mandat au congrès. Il devient alors une des figures montantes du comité exécutif de Tammany Hall, le parti démocrate de la ville. Sa position lui permet de contrôler les candidatures du parti pour tous les postes importants. Moins de vingt ans plus tard, il est sénateur et le dirigeant de Tammany Hall. Profitant de cela, il place ses amis aux postes de maire de New York, de gouverneur et président de l’assemblée de l’état. Dans la foulée, il fait adopter une charte qui lui permet de contrôler le trésor de la ville avec ses amis. Dirons-nous plutôt avec ses acolytes. Ensemble, Ils soudoient des juges et des fonctionnaires, organisent les élections et exercent une influence politique musclée.
La ville est en pleine phase de construction. Tweed contribue à la création de Central Park et du pont de Brooklyn, au développement de Manhattan mais pas sans les malversations qui lui ont rapporté, ainsi qu’à son cercle, quelque chose comme l’équivalent de 2 milliards de dollars actuels.

William Tweed, sans vergogne et surtout sans discrétion, loin de cacher sa fortune mal acquise, dîne dans les grands restaurants, porte à sa cravate un diamant de 10 carats … Il a acheté un hôtel particulier sur la 5e avenue, un autre sur la 43ème rue. Ses chevaux, ses calèches et ses traîneaux sont installés sur la 40ème rue.

En 1871, il est membre du conseil d’administration de Erie Railroad et de Brooklyn Bridge Company, de Third Avenue Railway Company et de Harlem Gas Light Company. Il est président des caisses d’épargne et il a créé la dixième banque nationale. Il se croit intouchable.

Au début des années 70, un illustrateur du magazine politique Harper’s Weekly, Thomas Nast, produit une série de caricatures politiques corrosives qui montrent Tweed comme le symbole de la corruption. Un dessin le représente avec un sac rempli d’argent à la place de la tête.
William Tweed, qu’on appelle aussi « Le Boss », propose à Thomas Nast un pot-de-vin de 500 000 dollars pour qu’il abandonne sa campagne anti-Tweed et pour qu’il parte à l’étranger. Nast refuse et redouble de virulence. C’est le début de la fin du Boss William Tweed.
En 1871, un collaborateur de Tammany Hall dévoile les comptes de la ville et toutes les escroqueries financières du cercle Tweed. Les articles du New York Times exposent ces falsifications en première page. Les enquêtes s’accumulent, dévoilent 204 chefs d’accusation pour fraude.
En 1873, Tweed est derrière les barreaux.
Même en prison, William Tweed continue de profiter d’un statut privilégié. En 1874, au pénitencier de Blackwell’s Island à New York, il obtient d’être transféré de sa cellule à une chambre privée avec fenêtre donnant sur Manhattan. Puis il obtient sa libération mais il est arrêté de nouveau pour des poursuites civiles. Il rejoint alors la prison de Ludlow Street, qui ressemble plutôt à une résidence. Il bénéficie d’un appartement de deux pièces confortables. Il est autorisé à recevoir des visiteurs et il paie un employé de la prison pour son aide personnelle. Il réussit à convaincre le gardien de la prison de le laisser sortir de temps en temps pour faire des visites et se promener en calèche à travers Central Park.

Le 4 décembre 1875, Tweed invite ses deux gardes à dîner chez lui, à la maison familiale de Madison Avenue. Vers 6 h 30, il s’excuse en disant qu’il monte surveiller son épouse malade. En réalité, il sort de la maison et saute dans une calèche qui l’attendait selon un plan bien réfléchi et qui l’emmène sur les rives de la rivière Hudson d’où il embarque vers le New Jersey.
Tweed passe les mois suivants caché dans une maison isolée, dans les bois. Il a adopté le pseudonyme «John Secor», s’est rasé la barbe et porte une perruque rousse et des lunettes pour dissimuler son identité.
En mai 1876, à bord d’une goélette, il entreprend un voyage le long de la côte atlantique. En Floride, il est accueilli par un personnage qui se fait passer pour son neveu. En juin ils embarquent sur un bateau de pêche direction Cuba. Mais voilà, à Santiago de Cuba ils sont arrêtés par les autorités espagnoles cubaines. Pourquoi ? Ils n’ont pas de visas. En juillet, ils s’enfuient encore une fois et embarquent  vers l’Espagne pour une traversée qui dure six semaines. Le département d’Etat des Etats-Unis, averti, télégraphie à son consulat en Espagne pour organiser l’arrestation de Tweed à son arrivée au port de Vigo. C’est ainsi que le gouverneur de la ville est sur le quai quand le navire accoste et qu’il tient à la main un vieil exemplaire du Harpers’s Weekly où apparaît une des caricatures de Thomas Nast. C’est de cette manière qu’il identifie le Boss et qu’il l’arrête pour le confier aux autorités américaines afin de le renvoyer à New York. William Tweed finit par avouer ses actes de corruptions et ses malversations, en espérant être libéré. Il admet avoir trafiqué des élections et puisé des millions de dollars dans les fonds de la ville. Il donne la liste des entrepreneurs qui se sont entendus avec lui et celle des journaux et des journalistes qui ont accepté ses pots-de-vin. Rien n’y fait.
Après une dernière comparution devant le tribunal en mars 1878, il est définitivement reconduit dans la prison de Ludlow Street. Il meurt deux semaines plus tard. Il avait 55 ans.

Quant à la tirelire elle symbolise le système de corruption du cercle de William Tweed. Tout argent déposé dans la main du personnage disparaît immédiatement.
Cet objet a été créé en 1873, par John Hall, de Watertown, dans le Massachusetts, fabriquée par la fonderie Stevens, de Cromwell dans le Connecticut. Ensuite le brevet a été racheté par Russel Frisbie en 1875. On appelle communément cette tirelire : la Banque Tammany.
On dirait qu’elle a été créée pour dissuader tout homme politique de suivre le mauvais exemple de William Tweed. La question est : est-elle efficace posée sur le coin d’un bureau ?

>Thomas Nast

 

 

 

       

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