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atelier-farandole

Un rythme obsédant

J’ai revu avec émotion BIT de Maguy Marin, au Volcan, proposé par Le Phare d’Emmanuelle Vo Dinh. La farandole, c’est le souvenir têtu qui m’est resté de ma première vision de BIT à Paris.
Cette danse populaire, proche aussi du « sirtaki », que les membres déroulent sous forme de branle en chaîne, pratiquée, dit-on, au cours de toutes les réjouissances populaires, s’enroule, disparait, réapparait, gravit les plans inclinés d’un décor encombrant. Entre eux on se glisse, se dissimule, il faut les parcourir sans se rompre le cou, en vêtements simples ou de fête. La farandole, un entrelacement d’êtres en train de danser, avance avec un naturel et une fluidité enviables, dus sans doute à un travail répété. Certains citent Dante dans « Le purgatoire » de « La divine comédie » : Cette montagne est telle qu’elle est toujours rude pour commencer ; mais plus on monte, et moindre est la fatigue.  Le titre – BIT, beat – traduit « le rythme binaire » du langage informatique (symboliquement, comme le code 1 ou 0, il n’y a pas de choix, soit on danse, soit on disparait.) mais aussi « la cadence », celle de la composition musicale également .

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Quoiqu’il arrive, de noir, de cruel, de terrible, de barbare, le groupe se reforme, serpente, reprend avec ténacité, presqu’avec indifférence, le rythme de vie qui est celui de cette ronde répétitive. C’est parfois une danse macabre. Dante encore dans « L’enfer ». « Laissez toute espérance en entrant dans l’Enfer ! » Au sommet d’une porte en sombres Caractères Je vis gravés ces mots Chargés de noirs.
Evocations d’orgies – le glissement des corps dénudés sur le plan couvert d’une étoffe rouge est d’une grande douceur, on ne sait plus si le sexe ou la mort réunit ces corps alanguis – visions crues de viols, de morts profanés, messes noires, pluie d’or, amplifiées par la musique de Charlie Aubry, minimaliste, lancinante, qui lance aussi des bruits de guerre, des pulsations des horreurs dont toutes les époques sont, hélas, coutumières. Les scènes sont picturales, on pense souvent au Moyen-Age, à Brueghel l’ancien, Jérôme Bosch, Hans Memling…

Pour certains spectateurs, c’est insupportable. Il est vrai que la chorégraphe, dans sa peinture radicale des êtres humains, ne craint pas l’expressionnisme. Je vois dans BIT la condition humaine, sans romantisme, sur le fil du temps, le temps court de la vie et celui de l’histoire. L’humanité est menée par le bout du nez, entre ses pulsions de mort et ses pulsions de vie, irrépressibles.
La vie malgré tout. Jusqu’à la dernière image, celle d’un saut dans le vide, comme on se jette dans la mort. C’est beau et c’est terrible. Cut.
Isabelle Royer

 

 

       

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Présidente de la MCH

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