l_homme_dans_le_plafond

Un écho du Off, Avignon 2015 – L’Homme dans le plafond

Cie Isabelle Starkier – Star Théâtre

 

L’homme dans le plafond

Une pièce de Timothy Daly

Traduite par Michel Lederer

Mise en scène par Isabelle Starkier

Interprètes : Vincent Jaspard, Christine Beauvallet, Daniel Berlioux, Michelle Brûlé, Isabelle Starkier

Dans l’Allemagne de l’hiver 1945, un Juif a trouvé refuge aux abords d’une forêt. Une femme le trouve, affamé, transpercé par le froid, traqué. Elle l’emmène chez elle et le cache dans son grenier. C’est ainsi que commencerait le récit d’une histoire de guerre. Ce pourrait aussi être une fable, dont les personnages seraient : le mari, la femme, la voisine, l’homme en fuite. Le décor : une petite bicoque, quelque part dans un univers ténébreux où ses habitants survivent à la misère et la désolation. Cependant, ici, il n’y a ni ogre ni sorcière, seulement quelques humains. Le mari, quand il rentre à la maison, quand elle lui avoue qu’elle a recueilli un Juif, n’approuve ni la générosité ni l’imprudence de son épouse. Il veut chasser le réfugié. Il changera d’avis quand il comprendra que l’homme tapi à l’étroit dans l’obscurité, là-haut, peut être à lui seul une source infinie de profit. Ce dernier a un talent précieux : il sait tout réparer. Dans le pays en ruine, fleurissent les trafics et les trocs. L’homme, grâce à son locataire, va pouvoir obtenir de quoi mieux se nourrir, de mieux en mieux, pour finalement s’enrichir : « Il reste dans le grenier, il répare les objets, nous on les échange, et tout le monde a de quoi manger. » dit le mari sur le ton évident de la bonhommie. La femme a mauvaise conscience mais se tait. La voisine soupçonne quelque chose et entame un chantage. Et l’homme dans le grenier attend des jours meilleurs. Quand les jours meilleurs arrivent, quand les chars américains entent dans la ville, il ne le saura pas, il est bien trop précieux, là-haut, il suffira de ne pas lui annoncer la bonne nouvelle… 

Isabelle Sarkier dit qu’ici se raconte la grande Histoire par la petite histoire, celle de Berlin ravagée, du manque de tout, de la faim. Elle pose ces questions : comment et pourquoi glisse-t-on vers l’ignominie ? Le mari n’a pas de sens moral, il ne pense qu’à l’efficacité. La femme ne l’approuve pas mais elle veut manger. Ce qui nous ramène à cette terrible phrase, entendue à la fin de la pièce : «  Qu’auriez vous fait à ma place ? C’était mieux pour tout le monde, y compris pour le Juif. » Une interrogation et une justification, évidemment inacceptables mais que l’on ne peut éviter et que l’auteur donne à méditer.

Malgré son terrible objet, cette pièce n’est pas sombre. On y rit beaucoup. Isabelle Starkier, a le talent de ne pas alourdir le propos. L’absurdité de la situation amène à des scènes cocasses. Le jeu stylisé des acteurs, la simplicité du décor, la mise en scène légère, la musique et les chansons, permettent à ce drame de soulever un sujet grave et universel, sans pathos. Bizarrement, le moment le plus drôle est peut-être celui où, pour empêcher le prisonnier du plancher de comprendre que la guerre est finie, ses geôliers usent d’artifices naïfs. Cette pièce de Timothy Daly n’apporte pas de jugement. Tout en finesse, elle donne à comprendre, pour nous alerter. Car la vigilance a toujours besoin d’être réactivée. A partir de quel moment doit-on fermement dire non ?

Extrait du spectacle : https://www.youtube.com/watch?v=jfh6R57ll4A

En tournée : http://cieisabellestarkier.fr/index.php/calendrier-2

Catherine Désormière

 

       

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