Un Don Juan pour un XXème siècle guerrier.

Guy Pierre Couleau, de la Comédie de l’Est, met en scène Don Juan revient de guerre de Ödön von Horváth au théâtre des Halles à Avignon.
Un homme, 35 femmes. 3 actes, 23 tableaux.
Un comédien, Nils Ohlund, 2 comédiennes, Carolina Pecheny, Jessica Vedel, un décor minimaliste, table, chaises, rideaux, cartel où s’affichent les titres des scénettes qui se succèdent. On change de costume à vue, on joue avec les accessoires, on adapte sa gestuelle à l’âge du personnage, mère, adolescente, danseuse de cabaret….Les spectateurs pensent à Brecht qui a lui-même réinventé Don Juan avec Beno Besson, dans un esprit de théâtre de tréteaux. Aller et venues des femmes sur scène, agilité, mouvements peuplant le plateau de vie, et de désirs. On reconnait une chanson de Patricia Kaas.
Ce Don Juan ne ressemble pas aux autres. Ce n’est pas le représentant de cette masculinité séduisante connu depuis le débauché de Tirso de Molina, le libre penseur de Molière ou encore le jouisseur de Mozart. On doute de son humanité, tant son physique de beau ténébreux et son immobilité accablée en font un archétype.
Il est vrai que les femmes le croisent, le désirent et cherchent à le posséder alors qu’il parcourt le pays au sortir de la Grande guerre. Mais malade, blessé, triste, il aspire à la mort. Retenu par le plaisir des femmes mais quêtant un amour idéal, celui de sa jeunesse, il nous semble être l’allégorie d’un homme fantasmé par les femmes, celui qu’elles imaginent rencontrer, séduire et garder, celui rêvé par les hommes eux-mêmes, celui qui n’existe pas.

Plus encore, il semble le symbole d’une nation détruite par la Grande guerre et dont le destin sera terrifiant. Ödön von Horváth écrit sa pièce en 1935, alors qu’Hitler est au pouvoir, les nazis ont brûlé ses œuvres en 1933 et l’ont classé parmi les « auteurs dégénérés ».
De ruines en ruines, après l’armistice du 11 novembre 1918 jusqu’en 1923, Don Juan vit une époque d’inflation, de misère et de bouleversement des valeurs. La 1ère guerre mondiale a produit un effondrement généralisé et des millions de morts et d’invalides. Quoique survivant, Don Juan ne se sauvera pas. Des illusions tenaces le privent d’une aptitude à vivre et à aimer, la violence l’entoure en miroir. La dernière scène, très belle, montre un plateau que les femmes enneigent devant nous avec des mouvements amples et gracieux. Y meurt un personnage seul, lentement engourdi, comme à l’aube d’une période de glaciation pour la nation allemande.
Isabelle Royer
Annette Maignan

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