le théâtre est avant tout un art du conflit

le théâtre est avant tout un art du conflit, déclare Thomas Ostermeier

“Savoir si l’on incorpore de la vidéo ou pas sur scène, si l’on mêle les disciplines, ce sont des questions sans importance.” Thomas Ostermeier

“Le théâtre a perdu de sa centralité aux yeux des classes dirigeantes hyperconnectées. Il est même entré dans une grande crise, et le rôle éminent qu’il a eu dans le passé en Europe, de la Grèce antique jusqu’aux années 1980, semble révolu. Mais ce n’est pas seulement la faute des acteurs, des metteurs en scène ou des auteurs, dont la responsabilité est grande. C’est aussi le fait d’une certaine paresse des spectateurs bourgeois des centres-villes, tels ceux que vous appelez « bobos » en France.

Le théâtre n’est pas un simple divertissement, c’est bien plus difficile qu’un jeu vidéo. Cet art revêt un caractère éducatif. Et la crise est la même dans tous les domaines : dans l’univers théâtral, mais également dans le cinéma et les arts plastiques qui ne sont plus guère qu’un marché spéculatif pour nouveaux riches.

Quelle est la nature de la crise actuelle du théâtre ?

C’est d’abord une crise qui concerne les auteurs et les acteurs. Les metteurs en scène sont une profession apparue récemment dans l’histoire du théâtre. Si cette fonction disparaissait, ce ne serait pas très grave. Mais les auteurs et les acteurs ne peuvent pas disparaître. L’auteur est là pour créer un lien entre la scène et la réalité sociale et politique qui l’entoure. Si l’on parvient à représenter sur scène certains conflits sociaux ou générationnels présents de la société actuelle, alors il faut le faire de façon subtile, engagée certes, mais lucide face à leur complexité. Or il y a aujourd’hui un certain théâtre qui montre les contradictions du monde contemporain de façon simpliste, un théâtre des bons sentiments dont l’ambition intellectuelle est assez limitée. Or le théâtre n’est ni une église, ni un syndicat, ni un parti.

A quoi sert le théâtre ?

Le théâtre est fait pour mieux poser des questions, jamais pour donner des réponses. Les débats sur l’art théâtral sont assez pauvres. Savoir si l’on incorpore de la vidéo ou pas sur scène, si l’on mêle les disciplines, ce sont des questions sans importance. L’essentiel, c’est de retrouver le théâtre comme art du conflit. Il n’y a pas assez d’auteurs aujourd’hui qui font ce travail de mise au jour scénique des conflits intellectuels, sociaux, économiques et géopolitiques d’aujourd’hui…

Pourquoi les acteurs traversent-ils également une crise ?

Trop d’acteurs ne comprennent pas que leur tâche la plus noble consiste à représenter sur scène des êtres humains avec toute leur complexité, à travers des personnages auxquels on peut s’identifier, loin du narcissisme qui consiste à se regarder jouer et déclamer son texte, même de façon « moderne ». Il est nécessaire d’avoir un jeu qui est en rapport avec ce que l’on observe dans la rue, dans la sphère intime, au travail, au supermarché.

L’acteur doit montrer comment le monde néolibéral imprègne nos corps, notre comportement social, notre intimité, jusqu’à nos choix amoureux

Pourquoi les acteurs traversent-ils également une crise ?

Trop d’acteurs ne comprennent pas que leur tâche la plus noble consiste à représenter sur scène des êtres humains avec toute leur complexité, à travers des personnages auxquels on peut s’identifier, loin du narcissisme qui consiste à se regarder jouer et déclamer son texte, même de façon « moderne ». Il est nécessaire d’avoir un jeu qui est en rapport avec ce que l’on observe dans la rue, dans la sphère intime, au travail, au supermarché.

L’acteur doit montrer comment le monde néolibéral imprègne nos corps, notre comportement social, notre intimité, jusqu’à nos choix amoureux.” Le Monde, entretien de Thomas Ostermeier avec Nicolas Truong (extraits)

       

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Présidente de la MCH

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