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18 Mai
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LE CADRE EN VACANCES

Rien ne le distingue d’abord des autres vacanciers. Il s’adonne là à des activités, somme toute modestes, signes suffisants d’un bonheur de classes moyennes, comme dans un film de Claude Sautet. Flâneries le long des marchés, promenades à bicyclette et, le soir, le rustique cérémonial du barbecue. Sur le plan vestimentaire, il n’a rien non plus qui vous tire l’œil, le jeune cadre. Il cherche surtout le confort et avec ses joggings, ses shorts larges et ses tee-shirts qui flottent à tous les vents, il ne paye pas autrement de mine.

Et pourtant, à quelques détails, on devine que l’on a affaire à un personnage déjà considérable. Le bonheur de ses enfants d’abord, qui ne le lâchent plus, car enfin ils le voient leur papa, qui d’ordinaire n’est jamais là, ou presque. Et surtout le portable. Oh ! je sais, tout le monde en possède un de nos jours. Mais il conserve, collé à l’oreille du cadre en vacances, quelque chose de son antique prestige.

Cela commence par une admonestation qu’il s’adresse, le cadre, un beau soir, au retour du bain. Il se sent coupable, tout soudain. Déclare : « Il faut que j’appelle, il y a trois jours que je n’ai pas pris de nouvelles. » On sent bien que ces trois jours pèsent considérablement sur sa conscience professionnelle. Que l’angoisse l’étreint en pensant à tout ce qui a pu se passer là-bas, dans la boîte, l’entreprise, si loin de Palavas, de Mimizan, de Bénodet.     

Ses proches connaissent les impératifs de sa carrière. L’épouse laisse faire, les enfants, un peu déçus, aussi. Alors, on voit le cadre s’éloigner un peu, s’isoler avec des secrétaires, des collaborateurs qu’il a lâchement abandonnés dans des bureaux où toute l’année il passe le plus clair de ses journées. De la terrasse, le reste de la troupe, les obscurs, les sans-grades – fonctionnaires, petits employés – sirote des pastis, des cocas bien frais et le regarde arpenter nerveusement la pelouse, en ronronnant.

Quelquefois, quelqu’un ose l’appeler, car les chipolatas sont en grand danger d’être complètement brûlés. Ceci l’agace et il répond par un geste irrité, un mouvement de la main comme on écarte un importun, une guêpe ou un frelon qui convoite votre tranche de melon. Il a son directeur, j’allais dire au bout du fil, et ce n’est vraiment pas le moment de le déranger. De temps à autre, avec le vent, nous parviennent quelques uns de ses propos. On entend des noms de capitales, où il faudra implanter des succursales, sans doute, des chiffres, des conseils, des indignations, contre ce con qui va faire tout capoter, ce mollasson qu’il faut toujours booster, sinon… Sinon, gare aux lois du marché, aux effets de la mondialisation, d’une économie libérale sauvage, sans pitié pour les canards boiteux et qui ne vous laisse jamais en paix. Et tant pis pour la chipolata qu’il mangera, cette fois, totalement carbonisée !

Yoland SIMON in Fichue Météo

 

 

Détails

Date :
18 mai
Heure:
8 h 00 min -23 h 00 min

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