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“Silence”, de Julie Tenret, Isabelle Darras, Bernard Senny…

Théâtre des Doms, Avignon 2014

Oh marionnettes ! Frères et sœurs humains qui comme nous vivez, eût dit Villon, car elles savent, ces figures créées à notre image, dire notre existence, exprimer nos désirs, nos sentiments, avec cette force que leur confère leur essentielle simplicité.

Avec une certaine pudeur aussi comme ces deux extraordinaires marionnettes de Silence qui disent la fin de vie d’Elise et de Jean dans une maison, dite de repos. Deux jeunes femmes assistent leur vieillesse, les manipule dans le meilleur sens du terme pour les animer dans cette vie ténue qui inexorablement s’amenuise encore, se réduit à quelques rituels quotidiens laborieusement accomplis. Ici, les gestes remplacent la parole dans le pathétique effort de corps engourdis. Et pourtant, en dépit de leur visage imperturbable, sculpté dans le latex, de légers déplacements de leur tête, de ce qui leur reste de corps, suffisent à dire des surprises, des agacements, des regrets, de petites manies, de perceptibles nostalgies.

Mais surtout, Isabelle Darias et Julie Ternet leur prêtent des mains encore agiles, en dépit des maladresses, et occupées à de modestes tâches : lire un journal, sucrer une tisane ou, insigne exploit, fabriquer des gaufres selon une recette d’Elise dont Jean entretient, comme le souvenir d’un être cher, l’exacte formule. Parfois, quelque film aux images floues et sautillantes rappelle de beaux jours, difficilement remémorés et qui montrent comme le temps, impitoyablement, nous sépare de ce que nous fûmes.

Dans le modeste séjour de leur ultime résidence, impavides témoins, sont réunis les objets familiers qui furent le décor de leur existence. Une tête de cerf en plastique qui sonne l’heure comme dans une chanson de Jacques Brel, un chien de feutrine, à la tête articulée qui tremble comme celle de ses propriétaires, une boîte de gâteaux ornée d’une photo de la Reine Fabiola. Bricoles gentiment obsolètes qui accompagnent de petits instants de vie, décalés et cocasses, les rituels quotidiens dont nous parlions et où se glissent aussi les petites envies des deux aides-soignantes : la gourmandise de l’une les fourmis dans les jambes de la seconde qui se lance avec son vieux partenaire dans des rocks endiablés. Ici se confondent les travaux et les jours des marionnettistes et de leurs créatures, empreints d’une même humanité, imprégnés d’une même tendresse, d’une bouleversante empathie.

Il faut aller voir ce spectacle troublant, regarder son silence, écouter ses gestes et partager, en une commune émotion, l’absolue détresse de ce grand âge et pourtant placidement, presque sereinement assumé.

SILENCE de Julie Tenret, Isabelle Darras, Bernard Senny, Night Shop Théâtre

theatremontagnemagique.be

Y.SIMON. Association Maison de la culture du Havre

       

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