Retour d’Aurillac/Comprendre le muralisme.

Muralisme et théâtre de rue
La ménagerie : L’Homme est un animal mobile.

Jean-Jacques Delfour

Une proposition multiple : la fabrication comme spectacle, l’angoisse de l’artiste aux moments de l’acte créatif, la conversion du spectateur-consommateur en regardeur affûté et subtil, l’écoute de beaux textes servis par de très belles voix, l’esthétisation politique de l’espace urbain qui en résulte.(…)

Les voix à texte (graves, chaudes, hypnotiques), inscrivent le moment présent dans une longue tradition de pensée de l’art. La musique, des sons résolument irrésolus, accompagnent paisiblement les différents ateliers dans lesquels se déroule le travail créatif. Le spectateur de théâtre a des exigences de rythme, de vivacité ; l’action, ici, est lente : son morcellement inévitable (la création est un temps long, essentiellement mental et dont les moments pratiques ne sont que des phases ponctuelles de visibilité) dessine un spectateur patient et bienveillant, capable de supporter une certaine frustration. (…)
Le muralisme est la contestation du règne de la toile sur châssis, c’est-à-dire de l’art officiel. Les dictatures répriment sévèrement le muralisme et les démocraties bourgeoises le règlementent. Sa pauvreté matérielle, sa rudesse, est le signe esthétique d’une pratique plutôt interdite. Le spectateur, fuyant la proposition, reconduit inconsciemment le geste de la classe dominante qui disqualifie ce type d’expression artistique, non parce qu’elle aurait démontré son infériorité, mais parce qu’admettre cette pratique comme un art serait reconnaître la possibilité de chaque partie de l’espace urbain de contenir de l’art : se soustraire au diktat de la propriété privée, et, pire encore, que cette appropriation soit l’acte de personnes non autorisées !
 
Cet espace singulier est une école du regard. Il s’agit d’apprendre à discerner les multiples tableaux involontaires et partiels, laissés, comme des sédiments, par l’activité humaine, sur les murs, les façades, les sols. Tout un monde virtuel d’objets artistiques, de figures cachées, d’histoires crypto-écrites, qu’un regard, ou un geste pictural, peut rendre visibles. Ces fresques invisibles peuvent faire trace si un regard leur donne naissance, les accouche, leur confère droit de cité. Le regardeur libre, celui qui regarde là où l’on ne doit rien voir, déplie une politique. Celle de la révolution des regards.
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