Quand le passé raconte le futur – 5ème épisode : La fin du monde n’aura pas lieu

 

Nous voici au 5eme épisode de cette série  «  Quand le passé raconte le futur », quand ces romans écrits dans la première moitié du XXe siècle préfiguraient le futur, c’est à dire … notre présent.  Drôle de conjugaison, entre l’imaginaire et une réalité forcément tremblée, forcément décalée. Mais alors dans quel monde vivons-nous ? Dans celui né de l’esprit de quelques femmes et hommes disparus ? Ou bien celui qui est pris dans le flot incontrôlable de ce que certains n’osent plus appeler le progrès ? Après la conquête de l’espace, l’invention du robot, la place invasive de l’intelligence artificielle, après l’utopie transhumaniste, voici fatalement le sujet ultime : la fin du monde. Là je sens bien que cette chronique prend un tour alarmant. Dérèglement climatique, écosystème naturels en péril, ça ne fait rêver personne. A moins que… oui, il y a des collapsologues heureux, qui chantent la joie d’envisager la fin des industries toxiques, le retour à la terre et une vie d’authenticité et de simplicité. C’est le credo exprimé par exemple dans le livre de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle : Une autre fin du monde est possible – Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre). Mais, est-ce aussi simple ?

La science-fiction des années 30, 40 et 50, ne raconte pas véritablement la fin du monde mais y cherche son inspiration pour raconter l’après. Elle y décrit parfois les événements qui y ont conduit mais c’est pour faire table rase et laisser l’imaginaire s’envoler et permettre de figurer un monde post-apocalypse. C’est à partir des années 60 que l’on passe un cap. En particulier avec James Graham Ballard, dans des romans où l’on ne sait pas si la fin est arrivée  tant on y voit la nature se rétracter et la population réduite à quelques personnes isolées, volontairement ou non, en petits groupes résignés et au bord de la folie. En 1962 paraissait : Le monde englouti.

                                                                                  

Dans Sécheresse, paru en 1965, on retrouve ce même renoncement, ce même abandon devant quelque chose contre laquelle les hommes ne peuvent rien. Là encore, les personnages du roman ont renoncé à se battre – d’ailleurs contre quoi et comment ? – fuir ? mais où ?

                                                                              

Tout ceci n’est qu’imaginaire, création, fiction poétique. Revenons sur terre car il ne s’agit pas de juste se faire peur, et la panique n’est peut-être pas la meilleure conseillère, dans le repli sur soi et la méfiance envers l’autre. Pourtant, on pourrait penser que distiller ou asséner la frayeur,  est un moyen de faire prendre conscience à chacun d’entre nous, que la maison brûle. Regardez  les titres des ouvrages qui envahissent les librairies : Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes; Pourquoi tout va s’effondrer ; Les Cinq Stades de l’effondrement; Survivre à l’anthropocène. Par-delà guerre civile et effondrement ; L’Humanité en péril. Virons de bord, toute ! ; Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce. Réflexions sur l’effondrement … Et combien d’articles ? Combien d’émissions de radio et de télévision ? (« Survivre » : une série sur les Français qui se préparent à l’effondrement).  Au milieu de tout ça, quel choix avons-nous ? A entendre qu’il est trop tard et qu’il faut se préparer pour le pire ? On peut se demander si se sauver dans la forêt  sauvera  la planète.
Il reste que nous devons changer, que tout doit changer, puisque le monde change. Dans les romans de SF quand la planète devient toxique on équipe une fusée pour Mars, la voilà la différence entre  la science-fiction et notre présent.

J.G. Ballard

       

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